À Béziers, l'épicerie solidaire sauve des étudiants de la faim face à la précarité grandissante
Épicerie solidaire à Béziers : une bouée de sauvetage pour étudiants précaires

À Béziers, l'épicerie solidaire sauve des étudiants de la faim face à la précarité grandissante

Dans les couloirs de l'université de Béziers, où 60% des étudiants sont boursiers, la précarité frappe avec une intensité croissante. Une épicerie solidaire gratuite et anonyme s'est imposée comme une bouée de sauvetage indispensable pour nombre d'entre eux. « Sans elle, certains ne pourraient pas se nourrir », confirme Éléonore Desiage, infirmière de l'université Du-Guesclin, antenne de l'université Paul-Valéry de Montpellier.

Une nécessité vitale face à des chiffres alarmants

Les statistiques nationales révèlent une situation préoccupante : selon une étude de l'Ifop en 2025, 50% des étudiants vivent avec moins de 100€ par mois après paiement du loyer. Parmi eux, 40% ont déjà renoncé à se chauffer et 34% ont sauté des repas pour des raisons financières. À Béziers, cette réalité se traduit par une fréquentation massive de l'épicerie solidaire. « Dès qu'on remplit les rayons les lundis et mardis, ils se vident en quelques heures », observe Éléonore Desiage.

Une mobilisation collective impressionnante

L'initiative, née il y a un an, repose sur une chaîne de solidarité remarquable :

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  • Le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) a livré une tonne de nourriture sèche l'année dernière
  • L'Ordre de Malte distribue fruits et légumes mensuellement
  • La fondation Macif a offert 2 800€ pour permettre à un agriculteur local de fournir des produits frais chaque mois
  • L'association « Éloquence et pouvoir », créée par Alaoui Elina, participe activement à l'animation du lieu

Dans la cafétéria du rez-de-chaussée, aux côtés de la machine à café et du distributeur d'encas, se trouvent désormais des portants de vêtements en libre-service, des conserves alignées et des produits d'hygiène en quantité. Un espace de détente transformé en lieu de survie pour de nombreux étudiants.

Des infrastructures universitaires insuffisantes

Le témoignage d'une étudiante de l'IUT de Béziers illustre les carences du système : « Je reçois une bourse de 316€ et 120€ d'aide au logement. Une fois mon loyer payé, il me reste 56€ ». À Béziers, aucun logement du Crous n'est disponible, contrairement à des campus plus importants comme Montpellier. Les repas à un euro proposés par la cantine du Crous ne sont accessibles qu'à midi en semaine, excluant petits-déjeuners et dîners.

Vers une réforme systémique du soutien étudiant

La députée Soumya Bourouaha a présenté le 1er octobre à l'Assemblée nationale un rapport exhaustif sur la précarité étudiante. Ce document de plus de 200 pages propose une réforme profonde du système boursier, jugé archaïque. La proposition phare : une allocation composée d'un socle universel de 140€ minimum pour tous les étudiants, complétée par une part modulable pouvant atteindre 1 080€ selon trois critères :

  1. Le mode de logement (chez les parents ou non)
  2. L'indice du coût de la vie sur le lieu d'étude
  3. Les revenus familiaux

En attendant ces réformes potentielles, l'épicerie solidaire de Béziers continue de fonctionner grâce à la détermination d'Éléonore Desiage et à la mobilisation des étudiants. Cette initiative locale révèle cependant les limites des politiques nationales face à une précarité étudiante qui ne cesse de s'aggraver. L'ambiance familiale de l'université béziéroise permet certes des chaînes de solidarité efficaces, mais elle ne peut masquer l'urgence d'une réponse structurelle à cette crise sociale.

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