Enfants à la rue : 2 300, un record qui interpelle
Enfants à la rue : 2 300, un record qui interpelle

Plus de 2 300 enfants sont contraints de dormir dans la rue en France, un nombre qui ne cesse d'augmenter depuis 2022. C'est ce que révèlent l'UNICEF et la Fondation Abbé Pierre dans un rapport publié ce mardi. Cette situation alarmante met en lumière l'échec des politiques de logement et la précarité croissante des familles.

Un décompte précis et une tendance lourde

Le rapport conjoint des deux organisations, intitulé « Enfants à la rue : un décompte sans fin », s'appuie sur les données du 115 (le numéro d'urgence pour les sans-abri) et des services d'hébergement. Au 1er janvier 2025, 2 340 enfants vivaient dans la rue, soit une hausse de 12 % par rapport à l'année précédente. Depuis 2022, ce chiffre a augmenté de 30 %, passant de 1 800 à plus de 2 300.

Les auteurs du rapport soulignent que ce décompte ne reflète qu'une partie de la réalité, car il ne prend pas en compte les enfants vivant dans des squats, des campements ou hébergés temporairement chez des tiers. « La situation est grave et ne fait qu'empirer », a déclaré Adeline Hazan, présidente de l'UNICEF France, citée dans le rapport.

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Les causes : pénurie de logements et hausse des expulsions

Le rapport identifie plusieurs facteurs expliquant cette hausse continue. La pénurie de logements sociaux, la flambée des loyers dans le parc privé et la diminution des places d'hébergement d'urgence sont les principales causes. Entre 2022 et 2024, 5 000 places d'hébergement ont été supprimées, selon les données du ministère du Logement, ce qui a contraint de nombreuses familles à la rue.

Les expulsions locatives ont également augmenté de 8 % sur la même période, poussant des ménages déjà fragiles vers la rue. « Le droit au logement est un droit fondamental, mais il est bafoué pour des milliers d'enfants », a ajouté Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre.

Un impact sanitaire et éducatif dévastateur

Vivre dans la rue a des conséquences graves sur la santé et le développement des enfants. Le rapport cite des études montrant que ces enfants sont plus exposés aux infections respiratoires, aux troubles du sommeil et à la malnutrition. Ils sont aussi plus susceptibles de souffrir de stress post-traumatique et de retards scolaires.

L'éducation est particulièrement affectée : 40 % des enfants à la rue ne sont pas scolarisés régulièrement, faute de stabilité et d'accès aux transports. « Ces enfants sont privés de leur droit à l'éducation, ce qui hypothèque leur avenir », a déploré Adeline Hazan.

Des recommandations pour inverser la tendance

Face à cette situation, l'UNICEF et la Fondation Abbé Pierre formulent plusieurs recommandations. Ils demandent la création de 10 000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires, la construction de 150 000 logements sociaux par an et un moratoire sur les expulsions locatives en hiver. Ils appellent également à un meilleur suivi des familles à la rue par les services sociaux.

Les deux organisations interpellent le gouvernement pour qu'il prenne des mesures immédiates. « Il est inacceptable qu'en 2025, des enfants dorment encore dans la rue dans un pays comme la France », a insisté Manuel Domergue. Le rapport conclut que sans action politique forte, le nombre d'enfants à la rue pourrait dépasser les 3 000 d'ici 2027.

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