À Marseille, la consommation de crack s'est visiblement renforcée dans plusieurs quartiers du centre-ville depuis quelques mois. Des scènes de consommation à ciel ouvert, en pleine matinée, sont devenues banales, notamment autour de la gare Saint-Charles, de la porte d'Aix ou du quartier des Réformés. Face à cette situation, des associations de première ligne se sont unies au sein du collectif Tempo, lancé en février, pour tenter d'apporter une réponse coordonnée à cette « crise du crack ».
Une situation décrite comme « insupportable » par les habitants
Dans le quartier de la place Alexandre-Labadié, dans le 1er arrondissement, la vie quotidienne est marquée par ces errances. « C'est insupportable, on entend crier du matin au soir », témoigne Marie, résidente d'un immeuble donnant sur le square, plutôt déserté par les enfants et les personnes âgées. « Les gens se piquent, s'engueulent, on retrouve des seringues… », énumère-t-elle. Sa voisine, Catherine, confie éviter de sortir la nuit.
Philippe, qui vit dans cet immeuble depuis dix ans, décrit un mois d'août « atroce » : « On voit des gens drogués, étendus par terre, presque morts. On a l'impression que ça va dériver vers une situation irrécupérable si on ne fait rien », redoute-t-il. Quelques mètres plus loin, la fermeture provisoire du « Sleep In », un centre d'accueil spécialisé dans la toxicomanie, pour des travaux liés à l'insalubrité des lieux, a créé une embolie au début de l'été.
Des commerçants et des associations sous pression
Damien, qui travaille dans une bagagerie sociale proposant des casiers et un accueil de jour pour les personnes sans domicile, décrit une ambiance « toujours aussi sport » : « À 9 heures du matin, on m'a demandé du feu pour allumer une pipe à crack. Il faut s'habituer à ce genre d'interactions », reconnaît-il. Au bout de la rue, un homme se pique entre deux voitures.
Benjamin, qui a ouvert son garage il y a deux ans dans le quartier, évoque un « enfer » depuis deux mois. Certains consommateurs s'installent même sur les motos en exposition devant la boutique. « Les policiers ne font que passer », grince le commerçant, alors qu'une voiture de police s'engage dans la rue.
Le collectif Tempo, une réponse collective à la « crise du crack »
Thibault Imhoff, président du Comité d'intérêt de quartier (CIQ) « Chapitre-Réformés », déplore une « catastrophe sanitaire et sociale à tous les niveaux ». Habitant du quartier depuis trente-cinq ans, il témoigne de mails d'alerte quotidiens envoyés par des riverains « tétanisés ». « On est dans une situation d'extrême dangerosité », ajoute-t-il, pointant des scènes « très violentes ». « C'est du Zola », lâche-t-il, épuisé. Il appelle à une reprise du dialogue avec les CIQ : « On a l'impression que ce n'est pas priorisé. On est tous dans la même galère, on aimerait voir des actions. » Plusieurs pétitions de riverains circulent sur les réseaux sociaux.
La médiation et les échanges avec les habitants sont justement l'un des volets du plan global imaginé par le collectif Tempo, lancé en février. Des associations de première ligne sur la précarité à Marseille, historiquement implantées, se sont unies avec l'AP-HM et d'autres partenaires pour réfléchir à une stratégie commune. « Les habitants assistent à des scènes intolérables », reconnaît Marianne Poisson, coordinatrice du projet Tempo et salariée de Médecins du Monde. « Tant qu'il n'y a pas d'endroit sécurisé pour mettre à l'abri les consommateurs, ils resteront dans les rues et la situation sera plus risquée pour tout le monde », assure-t-elle.
L'usage de ce dérivé de cocaïne hautement addictif s'est répandu depuis deux ans, avec l'arrivée de consommateurs parisiens déplacés pour les Jeux olympiques. Les réseaux se sont adaptés, proposant des doses entre 5 et 10 euros. Les associations ont défini une vingtaine de « zones d'intervention prioritaire » où les usagers se rassemblent, mais cette répartition géographique évolue quotidiennement au fil des opérations policières qui dispersent les consommateurs.



