Alors que la canicule frappe Paris, Nina, étudiante en droit de 22 ans, vit un calvaire dans sa chambre de bonne située sous les toits d’un immeuble haussmannien du 16e arrondissement. « J’entends des voisins se baigner dans leur piscine, ça donne envie en pleine canicule », confie-t-elle. Son logement de 9 m², loué 650 euros par mois, ne dispose ni d’isolation ni de ventilation efficace, transformant l’espace en fournaise dès que le mercure dépasse les 30 °C.
Des conditions de vie indignes en période de fortes chaleurs
Nina n’est pas un cas isolé. Selon l’Union nationale des étudiants de France (Unef), près de 40 % des étudiants parisiens logent dans des chambres de bonne ou des logements similaires, souvent mal isolés et exposés à la chaleur. « C’est invivable. Le thermomètre monte à 35 °C la nuit, je ne dors plus », témoigne-t-elle. Elle a dû investir dans un ventilateur et des draps humides pour survivre, mais sans résultat probant.
Le phénomène s’aggrave avec le réchauffement climatique. Une étude de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France (ORS) indique que les épisodes caniculaires sont devenus trois fois plus fréquents depuis 2000. Les chambres de bonne, souvent des anciens logements de domestiques, cumulent les défauts : toits en zinc, fenêtres uniques, absence de climatisation. « C’est un problème de santé publique, surtout pour les étudiants précaires », alerte le docteur Jean-Marc Lazard, spécialiste en médecine environnementale.
Un marché locatif sous pression
La demande de logements étudiants à Paris reste forte, avec un taux de vacance quasi nul. Selon la mairie de Paris, 60 000 étudiants cherchent un logement chaque année, mais l’offre se concentre sur des petites surfaces souvent vétustes. « Les chambres de bonne sont une solution de dernier recours, mais elles deviennent invivables avec la chaleur », explique Sarah Legrand, responsable du logement à l’Unef.
Nina a tenté de demander des travaux à son propriétaire, qui a refusé, arguant que le logement était conforme au diagnostic de performance énergétique (DPE) classé F. « Il m’a dit que je pouvais partir si ça ne me convenait pas », raconte-t-elle amèrement. La loi impose pourtant un DPE minimum G pour les logements mis en location depuis 2025, mais de nombreuses chambres de bonne échappent aux contrôles.
Des solutions insuffisantes face à l’urgence climatique
Face à la canicule, certaines universités ouvrent des salles climatisées, mais Nina ne peut pas s’y rendre chaque nuit. « C’est une solution ponctuelle, pas structurelle », déplore-t-elle. L’association Consommation, Logement et Cadre de Vie (CLCV) réclame un plan d’urgence pour isoler ces logements, estimé à 500 millions d’euros pour Paris. « C’est un investissement nécessaire pour la santé des étudiants », insiste sa présidente, Marie-Pierre Dufour.
En attendant, Nina envisage de quitter Paris pour la banlieue, où les loyers sont plus abordables et les logements mieux isolés. « Mais c’est compliqué pour les cours et les stages », regrette-t-elle. La canicule de juillet 2026, qui a battu des records avec 42 °C à Paris, pourrait accélérer les prises de conscience. « On ne peut plus ignorer ce problème », conclut Sarah Legrand.



