Le Parlement européen se penche sur une crise du logement historique
Une situation d'urgence immobilière secoue l'ensemble du continent européen, poussant le Parlement européen à examiner un projet de rapport détaillé sur cette crise multifactorielle. Deux eurodéputés, Irene Tinagli et Borja Giménez Larraz, membres de la commission spéciale sur le logement, ont présenté le 9 février leurs conclusions alarmantes.
Des chiffres qui illustrent une crise profonde
Les données révélées dans le rapport sont sans appel: les prix de l'immobilier ont bondi de 48% en seulement huit ans, tandis que les loyers ont augmenté de 18% en moyenne sur la même période. Cette inflation immobilière frappe particulièrement les ménages locataires, qui consacrent désormais 40% de leurs revenus mensuels au paiement du loyer.
La situation devient critique dans certaines métropoles européennes. "Dans certaines villes, le logement coûte même plus cher que le salaire", souligne Irene Tinagli, présidente de la commission spéciale. À Milan, Dublin ou Lisbonne, cette dépense représente entre 60 et 70% du revenu disponible des habitants.
Un déficit de logements qui s'aggrave
Le rapport met en lumière un manque structurel de logements dans l'Union européenne, estimé à 10 millions d'unités. Cette pénurie s'accentue avec la chute de 20% des permis de construire délivrés au cours des cinq dernières années, creusant davantage le différentiel persistant entre l'offre et la demande.
Les conséquences sociales sont graves: "En Italie, le coût du logement augmente le risque de pauvreté de 10 points", explique l'eurodéputée italienne. Les jeunes et la classe moyenne sont les premières victimes de cette crise, certains devant renoncer à des opportunités professionnelles dans d'autres villes faute de moyens pour se loger.
Les pistes de solution proposées
Le projet de rapport avance plusieurs mesures concrètes pour répondre à cette crise:
- Mobiliser l'investissement public-privé pour la construction via des prêts spécifiques et une meilleure orientation des financements européens
- Créer une plateforme paneuropéenne d'investissement dédiée au logement
- Alléger les normes de construction et réduire les délais d'obtention des permis à 60 jours maximum
- Appliquer une TVA super-réduite à 2% sur les matériaux de construction
- Relancer la production de logements sociaux, dont le nombre a diminué dans de nombreux pays européens
La régulation des meublés touristiques en débat
Un point particulièrement sensible concerne la régulation des locations de courte durée. Les meublés touristiques ont connu une croissance explosive de 93% entre 2018 et 2024, créant une distorsion entre services occasionnels et activité commerciale à grande échelle.
La Commission européenne prépare pour la fin 2026 une nouvelle stratégie sur ce sujet, complétant le règlement existant qui s'appliquera à partir de mai 2026. "Il est important de fournir un cadre clair", insiste Irene Tinagli, évoquant les difficultés des villes qui tentent de réguler ce marché et se retrouvent poursuivies en justice.
Un vote crucial en mars
Ce projet de rapport, déjà voté en commission le 9 février, sera soumis au vote du Parlement européen en mars à Strasbourg. L'objectif est d'influencer les travaux de la Commission européenne, qui a présenté en décembre les premières mesures d'un plan européen pour le logement abordable.
Ce plan sera déployé progressivement et évalué d'ici la fin du mandat en 2029. "J'ai de grandes attentes", confie Irene Tinagli, qui espère voir des actions concrètes sur la construction et la régulation des locations touristiques d'ici 2026.
La crise du logement en Europe nécessite une réponse coordonnée et ambitieuse, alors que des millions de citoyens voient leur qualité de vie se dégrader face à des coûts immobiliers devenus inaccessibles.