Le calvaire d'Olivier Boulet à l'école Saint-Privat de Mende
Olivier Boulet n'était jamais retourné devant la cour de l'école primaire des garçons Saint-Privat de Mende, en Lozère, depuis sa fermeture il y a de nombreuses années. Quarante ans après les faits, ce régisseur de lumière de 50 ans a décidé de briser le silence et de témoigner publiquement des violences qu'il a subies dans cet établissement catholique en 1983.
Quarante ans de silence brisé
« Libérer la parole, c'est facile à dire, mais je peux vous dire que ce n'est pas facile du tout », confie Olivier Boulet. « Je comprends ceux qui se taisent. C'est pour leur donner du courage que j'ai décidé de sortir du silence et de mon anonymat. »
Avant de s'adresser aux médias, le Niçois d'adoption a d'abord raconté son calvaire à ses parents, qui ignoraient tout des sévices subis par leur fils. « Quand on parle à ses parents, le problème c'est qu'on a peur de leur faire du mal alors qu'ils n'y sont pour rien. Il n'y a que deux responsables : mon agresseur et la congrégation, qui aurait dû nous protéger. »
L'amnésie traumatique et le processus de reconstruction
Pendant des décennies, Olivier Boulet a vécu avec une amnésie traumatique qui lui a fait occulter ses souvenirs les plus douloureux. Ce mécanisme de défense s'est effondré en 2023, lorsque des fragments de mémoire ont refait surface : des odeurs, des bruits d'enfants dans la cour, la pluie qui tombait le jour des pires sévices.
Pris en charge par le CHU de Nice, il a suivi plusieurs séances d'EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires). « J'ai vécu pendant 40 ans avec des choses que je pensais que tout le monde vivait. Je ne savais pas que ce n'était pas normal d'avoir des idées suicidaires. Je n'avais pas de vraies émotions. »
Le récit des violences subies
Aujourd'hui, Olivier Boulet peut enfin raconter ce qu'il a vécu sans honte : « C'est l'heure de la récré, le frère Paul fait sortir tout le monde, mais pas moi, parce que moi je suis le meilleur. J'ai eu droit à un bonbon. Il ferme la porte, et puis il avance vers moi, tout doucement. Il attrape ma tête et il la colle contre son ventre. Moi, je ne veux pas. Il insiste, je ne comprends pas ce qu'il veut. Ensuite il me force, et j'entends les enfants dehors, les copains. Je crois qu'il a eu ce qu'il voulait. »
À l'époque, le jeune Olivier trouvait refuge au cinéma Le Trianon. « C'est là où je me sentais bien. Quand j'étais petit, je passais mon temps au cinéma. Je pense que je voyais tous les films sortis dans la semaine. »
Une plainte malgré la prescription
Son agresseur, le frère Paul, est décédé en 1990 et les faits sont prescrits. Une situation inconcevable pour Olivier Boulet, qui espère que son cas fera jurisprudence et permettra que la durée de prescription s'applique à partir du moment où la victime arrive à se remémorer les événements.
Il a porté plainte contre son agresseur, contre la congrégation des Lasalliens et contre l'Éducation nationale. Son affaire est aujourd'hui entre les mains du procureur de la République de Mende. Il a également été officiellement reconnu comme victime par la commission parlementaire d'enquête sur les violences en milieu scolaire et sera indemnisé.
La colère face au système
Olivier Boulet exprime une profonde colère : « Je pense toujours à mes parents, ils m'ont mis à l'école là-bas, ils avaient confiance en ces gens-là. La confiance a été trahie. L'Éducation nationale doit normalement vérifier les choses dans les établissements sous contrat. Aujourd'hui, on parle de 150 établissements à travers la France, on a plus de 40 établissements où il s'est passé des choses. Que fait l'Éducation nationale, que fait l'État ? »
Il est particulièrement scandalisé par le fait que la cellule d'écoute de la congrégation n'accepte d'indemniser les victimes qu'à condition qu'elles signent une clause de confidentialité. Olivier Boulet, lui, refuse catégoriquement de garder le silence.
Des violences systémiques
Si Olivier Boulet n'a jamais entendu parler d'autres agressions sexuelles à l'école Saint-Privat, il se souvient que tous ses camarades étaient soumis à des violences physiques et psychologiques systématiques. « On a été frappé. Le dernier qui rangeait son cahier se prenait un coup de bâton. Si ça parlait en classe, il balançait la brosse du tableau. Les punitions, c'était à genoux, sur une règle en fer. »
Une rencontre avec l'évêque de Mende
Malgré sa colère, Olivier Boulet a pu s'entretenir avec l'évêque de Mende, Mgr Pelletier. Ce dernier l'a écouté, l'a conseillé dans ses démarches et a cherché dans les archives du diocèse pour retrouver la trace du frère Paul. Cette rencontre a permis à cet athée convaincu de se réconcilier avec l'Église catholique et de comprendre que tous les membres du clergé ne sont pas de mauvaises personnes.
Un phénomène plus large en Occitanie
Le témoignage d'Olivier Boulet s'inscrit dans un contexte plus large de révélations concernant les violences dans les établissements catholiques. Depuis l'appel à témoins lancé par le collectif des anciens élèves des établissements de la congrégation des frères des écoles chrétiennes, les témoignages se multiplient.
En région Occitanie, au moins sept établissements scolaires seraient concernés par ces révélations. En Lozère, deux établissements sont particulièrement visés : l'Intercollège de Langogne et l'école primaire des garçons Saint-Privat de Mende, tous deux fermés depuis de nombreuses années.
Olivier Boulet continue aujourd'hui son combat pour la reconnaissance des violences subies et pour que justice soit rendue, non seulement pour lui-même, mais pour toutes les victimes qui n'ont pas encore pu parler.