Le Dr Lutz, l'un des deux médecins de La Garde-Freinet, dans le golfe de Saint-Tropez, a annoncé son départ à la retraite et cherche activement un successeur. La date butoir du 31 décembre a été évoquée, mais le praticien se veut rassurant : il restera en poste jusqu'à ce qu'un remplaçant soit trouvé. Le village tente de rester attractif face à une crise nationale des vocations et à de nouvelles attentes chez les jeunes médecins.
Un départ anticipé et une recherche de successeur
Depuis quelques semaines, la nouvelle circule à La Garde-Freinet : le corps médical du village pourrait perdre un de ses deux docteurs. Le Dr Lutz, installé depuis 8 ans sur la place Neuve, a décidé de préparer sa succession. « Je suis en activité au minimum jusqu'à la fin de l'année et ensuite je ne partirai que lorsque je trouverai quelqu'un », a-t-il déclaré. Il ajoute : « J'aime toujours ce que je fais, je ne suis pas pressé à ce point. Si vraiment je ne trouve personne, la suite dépendra beaucoup de mon projet de vie. »
Le Dr Lutz exerçait déjà dans le golfe de Saint-Tropez depuis 2008, à La Croix-Valmer, avant de créer son propre cabinet en libéral à La Garde-Freinet. Suivi par une partie de ses anciens patients, il a également répondu à un besoin local et accueille des patients du Luc ou de Vidauban. Il explique : « Deux médecins, c'est le bon nombre car beaucoup de patients ne peuvent pas se déplacer facilement, il leur faut cette proximité. Très rapidement, j'ai dû aller au hameau de la Mourre pour voir certains patients. »
Un métier en mutation et des attentes différentes
Le modèle du « médecin village » ou « de famille » semble ne plus attirer les nouvelles générations. Le Dr Lutz est confronté à une crise de la vocation au niveau national. Il précise : « Il y a une crise de la vocation au plan national avec une moyenne d'âge élevé dans la profession et donc de nombreux départs à la retraite. Le problème du numerus clausus était en partie vrai à une époque, mais plus maintenant. Le libéral est un modèle qui n'a pas été soutenu politiquement et aujourd'hui, il n'attire plus. Les jeunes médecins préfèrent le statut de salarié avec les congés payés et la sécurité de l'emploi. »
Le gérant de la pharmacie fraxinoise, Anthony Natale, rencontre également des difficultés à recruter un préparateur en pharmacie. Il est conscient de l'équilibre fragile à La Garde-Freinet et a misé sur la communication à travers des banderoles et des affiches. Le cadre de vie est mis en avant pour répondre aux nouvelles attentes des praticiens : animations dans le village, événements, infrastructures publiques. « On a une bonne offre de santé, il faut la conserver », sourit le pharmacien.
Miser sur le cadre de vie et une maison médicale
Malgré les difficultés, le Dr Lutz évoque une piste : « à Cogolin, ils forment des stagiaires qui seront prêts à se lancer ensuite. Je pourrai leur proposer de reprendre le cabinet. » L'appel est lancé.
Le tissu médical du village est complet avec deux médecins, deux infirmiers, un kinésithérapeute, une dentiste et une pharmacie, mais le moindre départ pourrait le mettre en péril. L'idée de créer une maison médicale pluridisciplinaire (MSP) prend corps depuis trois ans chez les professionnels de santé, jusqu'à intégrer les deux programmes des candidats pendant les élections municipales. L'objectif est de centraliser les différents métiers afin de créer une dynamique en un seul lieu et de permettre à chacun de profiter de meilleurs locaux, adaptés à leurs nouvelles missions. « On aimerait aussi une salle pour accueillir un spécialiste chaque semaine », imagine Anthony Natale.
Pour le moment, le projet n'en est qu'au stade d'ébauche, avec une identification du foncier disponible du côté de la municipalité. Le maire Thomas Dombry modère : « On a bien conscience qu'il faut une MSP pour améliorer notre attractivité. Le modèle se développe. Mais nous devons rester vigilants car il y a eu de bons et mauvais exemples autour de nous. » Le premier magistrat fixe une condition indubitable : que la mairie garde la main à 100 % sur la structure afin que sa vocation médicale ne puisse pas changer au bout de quelques années. « Nous avons moins de moyens pour agir que si nous étions classés dans un désert médical mais si on attend trop, on va le devenir. »



