La fin de la trêve hivernale marque le retour des expulsions locatives
La date est redoutée chaque année par de nombreux locataires. Ce mardi soir, la trêve hivernale prend officiellement fin, ouvrant la voie à la reprise des procédures d'expulsion locative. Un moment critique qui soulève de vives inquiétudes parmi les associations de défense des droits au logement.
Un drame humain aux conséquences dévastatrices
Bernard Thoreau, de la Confédération nationale du logement, exprime son profond désarroi : « Chaque expulsion représente des vies brisées, des femmes, des hommes et des enfants traumatisés. Personne ne devrait être contraint de choisir entre se loger décemment, se nourrir correctement ou se chauffer convenablement. »
De son côté, Marie Rothhahn, responsable de la lutte contre la privation de droits sociaux à la Fondation pour le logement des défavorisés, souligne l'aggravation de la situation : « Entre les accidents de la vie et la hausse constante du coût de la vie, de plus en plus de ménages éprouvent des difficultés insurmontables pour régler leur loyer. »
Des chiffres alarmants qui explosent
Le constat est particulièrement préoccupant : les expulsions ont connu une augmentation vertigineuse de 27% en une seule année, atteignant le chiffre record de 30.500 en 2025. Ce nombre représente le double des expulsions recensées en 2016, illustrant une dégradation accélérée de la situation.
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL), ne mâche pas ses mots : « La tendance va encore s'aggraver. Vincent Jeanbrun, c'est le bourreau des locataires, il ambitionnerait d'atteindre 50.000 expulsions annuelles. »
La réponse gouvernementale et ses rebondissements
Le ministre du Logement et de la Ville, Vincent Jeanbrun, avait confié mercredi une mission délicate sur les impayés de loyers à Hugues Périnet-Marquet, ancien professeur de droit désormais actif dans le secteur immobilier. Cette mission devait notamment traiter les questions « urgentes et essentielles » des squats et des impayés.
Mais dans un rebondissement inattendu, ce dernier a décliné la mission gouvernementale vendredi, invoquant auprès du journal Les Echos une communication ministérielle non conforme au périmètre qu'il avait initialement accepté d'étudier.
La vision du ministre et ses distinctions controversées
Pour relancer l'investissement locatif, le ministre affirme vouloir faciliter « l'entrée dans un logement, mais aussi la sortie » et rétablir la « confiance entre propriétaires et locataires ». Son entourage précise : « Actuellement, un locataire qui doit des milliers d'euros n'est pas considéré comme un squatteur, ce qui est incompréhensible et rend les expulsions quasi impossibles et interminables. »
Lors du Grand Rendez-Vous CNews/Europe 1/Les Echos dimanche, Vincent Jeanbrun a opéré une distinction significative entre les « familles françaises fragiles », pour lesquelles « il faut poursuivre des mesures d'accompagnement », et les « spécialistes » qui, « année après année, ne paient pas l'intégralité de leur loyer » avec « une forme de malveillance évidente ».
Un dossier complexe aux multiples facettes
Cette approche différenciée du ministre suscite de vifs débats dans un contexte où le mal-logement reste une préoccupation majeure de la société française. Les associations continuent de dénoncer ce qu'elles perçoivent comme une politique punitive, tandis que le gouvernement défend une nécessaire réforme pour équilibrer les droits et obligations de toutes les parties concernées.



