Procès historique aux États-Unis : YouTube et Instagram accusés de détruire la santé mentale d'une jeune femme
YouTube et Instagram au tribunal pour santé mentale d'une jeune Américaine

Un procès historique aux États-Unis met en lumière l'impact des réseaux sociaux sur la santé mentale

Depuis trois semaines, un tribunal civil de Los Angeles est le théâtre d'un procès exceptionnel qui pourrait redéfinir la responsabilité des géants du numérique. Au cœur des débats : une jeune Américaine de 20 ans, Kaley G.M., qui accuse YouTube et Instagram d'avoir dégradé sa santé mentale jusqu'à provoquer dépression, addiction et idées suicidaires.

Une addiction précoce aux plateformes numériques

Vêtue d'une robe rose fleurie, la plaignante a décrit devant le tribunal comment sa dépendance aux réseaux sociaux a débuté dès l'âge de 6 ans avec YouTube. « J'étais jeune et je passais tout mon temps sur YouTube », a témoigné cette employée de supermarché. « J'ai essayé de m'arrêter, mais ça ne marchait pas. »

À 8 ans, elle ouvre un compte YouTube sans vérification d'âge. À 9 ans, elle contourne le contrôle parental pour accéder secrètement à Instagram, où elle passe jusqu'à 16 heures par jour selon son avocat. C'est sur cette plateforme qu'elle découvre les filtres modifiant l'apparence physique, ce qui selon elle a déclenché des doutes profonds sur son image corporelle.

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Des conséquences dramatiques sur la santé mentale

Vers 10 ans, Kaley G.M. tombe en dépression, développe des idées suicidaires et commence à s'automutiler. Elle sera ultérieurement diagnostiquée avec une phobie sociale et une dysmorphie corporelle. L'audience a été marquée par la diffusion d'une vidéo Instagram où, pré-adolescente, elle s'excuse auprès de ses followers : « Je suis désolée d'être aussi moche, j'ai l'air tellement grosse dans ce haut. »

Son avocat, Mark Lanier, a présenté des dizaines de selfies pris au fil des années, presque tous avec des filtres. Interrogée sur l'impact de sa consommation intensive de réseaux sociaux, la plaignante a reconnu qu'elle avait affecté son sommeil, ses résultats scolaires et sa capacité à se faire des amis.

La défense pointe des fragilités personnelles et familiales

Les avocats de la défense ont présenté un tableau différent, mettant en avant les difficultés familiales de Kaley G.M. L'avocate de Meta, Phyllis Jones, a détaillé une enfance chaotique : parents divorcés à 3 ans, père progressivement absent qui se moquait du poids des femmes, sœur ayant tenté de se suicider peu avant sa dépression.

Des enregistrements ont été diffusés où l'on entend la mère hurler sur sa fille avec un langage grossier. Kaley G.M. a reconnu que sa mère l'avait parfois frappée lorsqu'elle ne comprenait pas ses devoirs de mathématiques à l'école primaire, avant que ne soit diagnostiqué son trouble du déficit de l'attention.

YouTube défend son modèle et ses intentions

Cristos Goodrow, vice-président chargé de l'ingénierie chez YouTube, a témoigné lundi que la plateforme n'était « pas conçue pour maximiser le temps » passé à regarder des vidéos, mais pour « offrir aux gens le plus de valeur ». Il a affirmé que YouTube ne cherchait pas à rendre les gens accros et considérait le scrolling comme un échec plutôt qu'un succès.

Pourtant, l'avocat de la plaignante a produit un document interne de 2013 fixant comme objectif à YouTube d'atteindre un milliard d'heures de contenus consommés quotidiennement d'ici 2016 - objectif atteint et dépassé en 2024. D'autres documents internes mentionnaient des recherches sur les effets néfastes d'un temps excessif passé à regarder des vidéos.

Un enjeu qui dépasse largement ce cas individuel

Ce procès est scruté avec attention car son issue pourrait influencer des milliers de familles américaines qui accusent les réseaux sociaux d'avoir sciemment conçu leurs plateformes pour rendre les enfants accros. Les fonctionnalités incriminées incluent les « likes », notifications, défilement infini et lecture automatique de vidéos.

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Malgré ses améliorations récentes, Kaley G.M. a admis qu'elle ne pouvait toujours pas se passer des réseaux sociaux, envisageant même de reprendre ses études pour devenir responsable des réseaux sociaux en entreprise. « Parce que je ne peux pas, c'est trop dur de s'en passer », a-t-elle expliqué, révélant la profondeur de cette dépendance numérique.