Une décision de justice tombée au cœur de la nuit
La cour d'assises de la Charente, statuant en appel, a rendu son verdict dans la nuit du samedi 4 avril 2026 à 2h15, après un procès éprouvant tenu à huis clos. Les trois anciens rugbymen du FC Grenoble ont été reconnus coupables du viol en réunion d'une étudiante bordelaise de 20 ans, survenu en 2017. Cette affaire sordide avait éclaté en marge d'une troisième mi-temps fortement alcoolisée, plongeant la communauté rugby et judiciaire dans un long marathon procédural.
Des peines identiques à la première instance
Le pilier irlandais Denis Coulson et le talonneur français Loïck Jammes, aujourd'hui âgés de 31 ans, écopent de quatorze ans de réclusion criminelle. Le troisième ligne néo-zélandais Rory Grice, 36 ans, est quant à lui condamné à douze ans de prison. Ces sanctions sont strictement identiques à celles prononcées lors du procès de première instance en décembre 2024 à Bordeaux, confirmant ainsi la sévérité du jugement initial.
L'absence d'évolution des accusés pointée du doigt
Selon la présidente de la cour Marie-Dominique Boulard-Paolini, les jurés ont particulièrement relevé « l'absence d'évolution notable » des accusés dans leur perception de la « gravité des faits » depuis la précédente décision de justice. Cette constatation a pesé lourd dans la confirmation des peines, démontrant une certaine intransigeance face à la gravité des actes commis.
Une salle d'audience submergée par l'émotion
L'annonce du verdict a provoqué une vive émotion dans la salle d'audience. La victime, décrite comme « effondrée » par ses avocats, n'avait pas eu le courage d'attendre la décision. Sa mère était présente, entourée des conseils de la partie civile qui ont salué « la fin d'un procès marathon ». De l'autre côté, les proches des rugbymen condamnés se sont rapprochés du box des accusés dans un silence lourd, ponctué de sanglots retenus.
Me Anne Cadiot-Feidt, au nom des avocats de la partie civile, a déclaré : « Nous sommes extrêmement soulagés pour notre cliente qui est effondrée. » Cet éprouvant parcours judiciaire trouve ainsi une issue, même si les sept avocats de la défense ont immédiatement annoncé leur intention de se pourvoir en cassation.
La défense dénonce des sanctions disproportionnées
Me Corinne Dreyfus-Schmidt, avocate de Denis Coulson, a vivement critiqué la décision, qualifiant les peines de « répétition de sanctions excessives et disproportionnées ». Elle a assuré que son client, ses coéquipiers et tous leurs proches « vivaient un cauchemar ». Cette annonce de pourvoi en cassation laisse présager une prolongation de la bataille juridique.
Les faits : une nuit traumatisante à Mérignac
Les événements se sont déroulés dans un hôtel de Mérignac, près de l'aéroport de Bordeaux, dans la nuit du dimanche 12 mars 2017 entre 4h30 et 7h30. Ce petit matin-là, l'étudiante avait quitté en larmes l'établissement où séjournait l'équipe de rugby de Grenoble, après un match de Top 14 perdu contre l'Union Bordeaux-Bègles.
En état de choc, la jeune femme avait pris un taxi pour se réfugier chez sa mère avant de porter plainte sans délai. Aux policiers, elle avait expliqué avoir rencontré des rugbymen dans un bar bordelais avec deux amies, puis les avoir accompagnés dans une discothèque du quai de Paludate où l'alcool avait coulé à flots.
Le réveil brutal par la douleur
La victime déclarait ne pas se souvenir de la suite des événements, ayant été tirée de sa léthargie par la douleur provoquée par un objet métallique dans le vagin, en l'occurrence une béquille. Elle se trouvait alors nue sur un lit, entourée d'hommes, certains nus et d'autres habillés, dans une scène de violence insoutenable.
La version des accusés et les autres protagonistes
Durant l'instruction comme lors des deux procès, les trois accusés ont maintenu que les actes sexuels étaient consentis, s'appuyant notamment sur une vidéo tournée par Denis Coulson. Deux autres rugbymen avaient assisté à la scène sans intervenir ni porter secours, ce pour quoi ils avaient été condamnés en 2024 à Bordeaux.
L'Irlandais Chris Farrell avait écopé de quatre ans de prison dont deux avec sursis, et le Néo-Zélandais Dylan Hayes de deux ans de sursis. N'ayant pas fait appel, ils avaient été convoqués comme simples témoins lors de ce procès en appel à Angoulême, rappelant l'étendue des implications dans cette affaire.
Cette décision de la cour d'assises de la Charente marque un tournant important dans cette affaire judiciaire complexe, tout en laissant entrevoir de nouvelles procédures avec l'annonce du pourvoi en cassation par la défense. Le monde du rugby français reste profondément marqué par ce drame qui continue de faire couler beaucoup d'encre et d'émotion.



