Un trafic de stupéfiants organisé dans la prison de Nîmes
Trois individus ont comparu ce mercredi 4 mars devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour avoir mis en place un réseau de trafic de drogues au sein du quartier femmes de la maison d'arrêt. Les deux détenues, Laurence, 42 ans, et Naomie, 22 ans, ainsi qu'Abdallah, 28 ans, un homme en liberté, ont reconnu les faits tout en invoquant des circonstances atténuantes.
Un système bien rodé avec livraison par drone
Selon les éléments du dossier, le trafic fonctionnait selon une organisation précise. Abdallah, se présentant comme une simple "nourrice", était chargé de conditionner les colis de stupéfiants. Ces derniers étaient ensuite acheminés par un intermédiaire non identifié utilisant un drone pour pénétrer dans l'enceinte pénitentiaire. À l'intérieur, Laurence assurait la réception des produits tandis que Naomie se chargeait de leur redistribution auprès des autres détenues.
Le trafic aurait été actif d'avril 2025 au 20 janvier 2026, selon les investigations. Près de 9 kilogrammes de résine de cannabis, de nombreux téléphones portables et du matériel de conditionnement ont été saisis au domicile d'Abdallah.
"C'était pour survivre" : la défense des prévenus
Face au tribunal, les trois prévenus ont développé une argumentation surprenante. Laurence a déclaré : "C'était pour survivre à la maison d'arrêt de Nîmes. Personne ne m'aide à l'extérieur, on ne me propose pas de travail, j'allais pas me laisser crever la bouche ouverte". Elle a pointé du doigt les conditions de détention, affirmant que sans cette activité, elle n'aurait même pas pu se procurer des produits d'hygiène basiques.
Abdallah, quant à lui, s'est présenté comme un "bienfaiteur" plutôt qu'un trafiquant, affirmant : "C'était pour leur rendre service". Il nie fermement être le chef de cette organisation, une position partagée par ses deux complices qui contestent également "tenir" le quartier des femmes.
Naomie, qui compte 14 mentions sur son casier judiciaire, a pour sa part souligné qu'elle assurait une certaine sécurité en vérifiant qu'aucune arme n'entrait dans la prison.
Des réquisitions sévères du parquet
Le procureur Jean-Luc Vasserot a fermement rejeté cette présentation des faits, qualifiant le trafic de drogues de fléau qui "terrorise les habitants des quartiers". Il a particulièrement condamné le fait que cette activité illicite se soit déroulée au sein même de l'institution pénitentiaire.
Lors de ses réquisitions, il a demandé :
- 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire pour Naomie
- 4 ans de prison dont 2 mois de sursis probatoire pour Laurence
- 7 ans de prison avec interdiction définitive du territoire national pour Abdallah, considéré comme le chef supposé du réseau
La défense plaide l'incohérence du dossier
Les avocates de la défense, Mes Chrystèle Georges, Marine Santimaria et Camille Proix, ont qualifié ces peines de "démesurées". Elles ont pointé de nombreuses incohérences dans le dossier et plaidé la relaxe sur plusieurs chefs d'accusation :
- La période de prévention jugée injustifiée
- Le recel de stupéfiants
- Le transport de stupéfiants pour Naomie et Laurence
- L'association de malfaiteurs
Me Proix, représentant Abdallah, a également demandé que l'interdiction du territoire ne soit pas prononcée, soulignant que son client "est arrivé à l'âge de 2 ans en France, il n'a aucune famille en Algérie".
Un verdict partiellement clément
Le tribunal a finalement rendu un jugement nuancé. Certaines demandes de la défense ont été acceptées :
- L'association de malfaiteurs n'a pas été retenue
- Le transport de stupéfiants n'a pas été retenu pour les deux femmes
- L'interdiction du territoire français n'a pas été ordonnée pour Abdallah
Pour les autres chefs d'accusation, le tribunal a suivi les réquisitions du procureur. Les avocates de la défense ont par ailleurs déploré que les conditions de détention à la maison d'arrêt de Nîmes, notamment les difficultés d'accès aux soins et au travail, aient été "ironisées" par le représentant du ministère public.
Ce dossier met en lumière les réalités complexes de la vie carcérale et les défis auxquels sont confrontées les personnes détenues, tout en rappelant la fermeté de la justice face aux trafics de stupéfiants, particulièrement lorsqu'ils pénètrent les murs des établissements pénitentiaires.



