Guerre en Ukraine : qui est Timour Minditch, ce proche de Volodymyr Zelensky accusé de corruption à hauteur de 100 millions de dollars ?
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a imposé jeudi 13 novembre des sanctions visant l’homme d’affaires Timour Minditch, considéré comme un ami proche et copropriétaire de sa société de production audiovisuelle, pour son implication présumée dans une vaste affaire de corruption touchant le secteur énergétique ukrainien. Cette décision intervient alors que le pays traverse l’une des pires crises politiques depuis l’invasion russe.
Les sanctions, qui incluent le gel des biens, visent également un autre homme d’affaires impliqué dans ce scandale. Timour Minditch, âgé de 46 ans, est accusé d’avoir orchestré un système de corruption massif dans le secteur énergétique, avec 100 millions de dollars de pots-de-vin et impliquant plusieurs hauts responsables, dont des ministres. Il a quitté l’Ukraine peu avant l’éclatement du scandale.
Minditch est copropriétaire de la société de production audiovisuelle fondée par Volodymyr Zelensky, qui était un humoriste vedette avant de se lancer en politique. Ce scandale survient alors que le réseau énergétique ukrainien a été gravement endommagé par une série de frappes massives russes, provoquant des coupures de courant à l’approche de l’hiver.
Pressions internationales
L’Union européenne n’a pas encore réagi officiellement. Une source européenne à Kiev a déclaré à l’AFP, sous couvert d’anonymat, vouloir « voir le gouvernement et l’administration nettoyés des éléments corrompus », tout en estimant que le scandale montre l’efficacité des agences ukrainiennes contre la corruption. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, très critique de l’aide européenne à l’Ukraine, a dénoncé sur Facebook la mise à jour d’« un réseau mafieux ukrainien de guerre » lié au président Zelensky.
L’Allemagne, principal bailleur européen de Kiev, a réclamé jeudi lors d’un entretien téléphonique entre le chancelier Friedrich Merz et le président Zelensky que ce dernier lutte « avec énergie » contre la corruption. Le Fonds monétaire international (FMI), dont Kiev espère obtenir un nouveau prêt, a estimé que la lutte contre la corruption « est un élément de réforme central pour la communauté des donateurs ».
« Pété un câble »
Interrogé par l’AFP, un haut responsable ukrainien travaillant étroitement avec le chef de l’État a assuré que ce dernier avait été pris au dépourvu par les révélations de l’enquête. « Bien sûr, il ne considère pas cela comme normal et a pété un câble lorsqu’il a découvert ce qui se passait », a-t-il déclaré. « Il soutient pleinement l’enquête. Tout le monde au gouvernement va aider l’enquête. » Cette source a ajouté que « le président avait pris les mesures les plus dures possible dans le cadre de ses pouvoirs » en imposant des sanctions et en réclamant le départ de deux ministres.
« Le président n’a pas parlé avec Minditch depuis l’éclatement de cette affaire », a encore affirmé le responsable. « Qu’y a-t-il à discuter ? Qu’il aille voir ailleurs. Il a créé un tel problème. »
Timour Minditch est également soupçonné d’avoir influencé des décisions de hauts responsables du gouvernement, parmi lesquels l’ex-ministre de la Défense, Roustem Oumerov, aujourd’hui secrétaire du Conseil de sécurité national, et le vice-Premier ministre Oleksiï Tchernychov. Les ministres de l’Énergie et de la Justice, Svitlana Gryntchouk et Guerman Galouchtchenko, ont annoncé mercredi leur démission, à la demande de M. Zelensky, après la révélation du scandale.
Visite auprès des troupes
M. Galouchtchenko, ex-ministre de l’Énergie, est accusé d’avoir perçu des « avantages personnels » dans cette affaire en échange du contrôle sur les flux financiers du secteur énergétique donné à M. Minditch. Mme Gryntchouk, sans être directement visée par des accusations de corruption, est considérée comme une personne de confiance de M. Galouchtchenko, selon des médias ukrainiens.
Le président Zelensky a par ailleurs annoncé avoir effectué dans la matinée une visite auprès des soldats combattant dans la région méridionale de Zaporijjia, visée par une nouvelle offensive russe.



