Surpopulation carcérale à Bayonne : trois détenus entassés dans 9 m², un taux d'occupation à 220%
Surpopulation carcérale à Bayonne : 3 détenus dans 9 m²

Surpopulation carcérale à Bayonne : une situation critique dans une prison vétuste

À la Maison d'arrêt de Bayonne, détenus et surveillants font face à une surpopulation devenue la norme. Ce vendredi 10 avril, la députée Colette Capdevielle a effectué une visite inopinée de l'établissement, accompagnée de journalistes, révélant des conditions de détention alarmantes dans l'une des prisons les plus surpeuplées de Nouvelle-Aquitaine.

Des cellules conçues pour un, occupées par trois ou quatre

La petite cellule de 9 m² est théoriquement conçue pour accueillir un seul détenu selon la loi. Pourtant, trois personnes y sont entassées avec un lit superposé. Elles doivent tout partager : le moindre espace pour se mouvoir, le moindre coin de table pour poser leurs objets, le moindre recoin de la mini cuisine, ainsi que les toilettes, séparées du reste par de fines parois simplement pour cacher la vue. Il n'y a pas de douche dans la cellule.

Cette situation concerne 69 autres cellules de la vétuste Maison d'arrêt de Bayonne, construite en 1891. Dans ces espaces de 7,3 à 10,3 m², trois voire quatre détenus vivent en totale promiscuité, sans aucune intimité.

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Un taux d'occupation record à 220%

Ce vendredi 10 avril, la prison compte 160 personnes (52 prévenus en attente de leur jugement et 108 condamnés), soit un taux d'occupation de 220%, l'un des plus hauts de Nouvelle-Aquitaine. Il a même grimpé jusqu'à 250% en février, avec quatre détenus par cellule et des matelas rajoutés sur le sol.

« Cette situation dure depuis trop longtemps », déplore la députée des Pyrénées-Atlantiques Colette Capdevielle, qui a fait usage de son droit parlementaire pour cette visite surprise. Elle a été alertée par le décès d'un jeune détenu en juillet dernier, dont les causes n'ont pas été révélées, puis le suicide d'un autre condamné en mars.

Des conditions sanitaires précaires

L'établissement compte seulement dix douches pour les 160 personnes. « Par contre, nous ne pouvons prendre que trois douches par semaine car il n'y en a pas assez. Sauf si on fait du sport, on peut en prendre une par jour », explique un détenu d'une cinquantaine d'années interrogé par la députée.

De nombreuses parties de cette Maison d'arrêt construite en 1891 sont insalubres. Comme 30% des détenus dans les prisons françaises, certains présentent des problèmes psychiatriques, une contrainte supplémentaire à gérer pour les agents pénitentiaires non formés pour ce type de public.

Un personnel épuisé et en sous-effectif

La trentaine d'agents est épuisée par ces conditions de travail difficiles. « Dans ce contexte de surpopulation, entre les cas psychiatriques et les tensions entre différentes nationalités, c'est un casse-tête pour garder la cohésion entre détenus. On fait du mieux qu'on peut, avec les moyens qu'on nous donne », explique Aline Schmidt, cheffe d'établissement de la Maison d'arrêt de Bayonne.

Trois gradés sont en arrêt maladie depuis un mois. Toute la charge de travail repose sur des officiers. « La fatigue s'accumule. C'est très compliqué », confie Romuald Guillon, délégué syndical FO.

Des questions de sécurité préoccupantes

« S'il y a une rixe dans une cellule la nuit, il n'y a qu'un seul agent pour intervenir. Cela pose des questions de sécurité », rappelle la cheffe d'établissement. En décembre, un détenu avait mis le feu à sa cellule. Un agent était rentré pour éteindre les flammes, malgré l'épaisse fumée, au péril de sa vie.

L'imam de la prison, qui vient chaque vendredi, complète : « Les détenus me parlent souvent des problèmes de promiscuité et de manque d'intimité. Ils me disent qu'il y a trop de monde ».

Des solutions limitées face à un problème structurel

Huit nouveaux agents sont attendus en juillet pour occuper les postes vacants, après un accord de la direction interrégionale qui a ciblé l'établissement de Bayonne comme prioritaire. Mais cela ne suffira pas à résoudre tous les problèmes.

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Pour la députée socialiste Colette Capdevielle, qui a maintes fois interpellé le ministère de la Justice sans réponse, « il faudrait tout simplement raser cet établissement pour en construire un nouveau, aux normes. Malheureusement, cela ne semble pas être une priorité gouvernementale ».

La Maison d'arrêt est bien trop vieille et dégradée, avec un budget limité, pour se permettre de grandes rénovations. À court terme, les aménagements de peines décidés par les juges du tribunal judiciaire de Bayonne et les transferts de détenus vers d'autres établissements restent les seules options pour réduire le taux d'occupation.