Streamers jugés à Nice : réquisitions sévères pour « trash streaming »
Streamers jugés à Nice : réquisitions sévères pour trash streaming

Le procès retentissant des deux streamers azuréens Owen Cenazandotti, alias Naruto, et Safine Hamadi s’est achevé ce mardi 7 juillet 2026 à Nice. Des réquisitions contrastées ont été prononcées par le parquet, et le tribunal rendra sa décision le 5 août prochain. L’enquête a révélé que Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, et Stéphane Guy, alias Coudoux, n’étaient pas seulement les souffre-douleur des mis en cause, mais aussi et surtout leur gagne-pain.

Un procès historique pour le « trash streaming »

L’audience, présentée comme la première consacrée au « trash streaming » en France, a débordé sur la journée de ce mardi. Initialement programmé sur un après-midi, le procès s’est prolongé. Les deux mis en cause, âgés d’une vingtaine d’années, ont dû répondre de faits de violence, d’abus de faiblesse et de provocation à la haine. Depuis leur rencontre fin 2021 lors d’un live gaming, Raphaël Graven et Owen Cenazandotti avaient développé une activité de création de contenus depuis leur local à Drap. L’équipe s’est agrandie avec Safine Hamadi, un ami d’enfance de Naruto, puis de Stéphane Guy. Des directs « scénarisés » chaque soir de la semaine (sauf le dimanche) dans lesquels on frappe, on insulte, on humilie sur fond de franches rigolades.

« Transformer la souffrance humaine en divertissement »

En ouverture de ses réquisitions, la procureure Maud Marty a résumé : « Transformer la souffrance humaine en divertissement et la dignité humaine en revenu », avant de dénoncer « une entreprise de maltraitance numérique ». Selon elle, il ne s’agit pas de vidéos isolées mais de tout « un système ». « La vulnérabilité humaine n’est pas un accident », a-t-elle insisté, évoquant « une mécanique » destinée à « humilier, faire rire et gagner toujours plus d’argent ». En tête d’affiche, Jean Pormanove, « cet ancien militaire marginalisé », et Stéphane Guy, « ce majeur protégé » sous curatelle, dont la vulnérabilité n’est pas à démontrer.

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Maud Marty a rappelé plusieurs séquences emblématiques, comme « Question pour un golmon », la « soirée handiboxe » entre JP et Coudoux ou encore « la bataille des Cotorep », estimant que « le handicap est le ressort comique » et « le fond de commerce de stigmatiser, de mépriser ». « Il y a eu de trop nombreuses scènes qui sont allées au-delà de ce qui est pénalement acceptable », a-t-elle estimé, avant de conclure : « La faiblesse d’un homme ne doit jamais devenir le divertissement des autres ».

Des réquisitions contrastées

À l’encontre d’Owen Cenazandotti, considéré comme le chef d’orchestre, le parquet a requis une peine de trente mois d’emprisonnement, dont dix-huit mois assortis d’un sursis probatoire pendant trois ans et douze mois à exécuter sous bracelet électronique. La procureure a également demandé son incarcération provisoire dans l’attente de la pose du bracelet et une amende de 30 000 euros. Pour Safine Hamadi, le ministère public a requis une peine plus clémente, estimant que « son rôle n’était pas le même » et relevant « une prise de conscience ». Dix-huit mois de sursis probatoire pendant trois ans et une amende de 15 000 euros ont été demandés. À titre de peines complémentaires pour l’ex duo : une interdiction d’exercer une activité en lien avec les faits reprochés, notamment auprès de mineur, ainsi qu’un « bannissement numérique ».

La défense plaide le contexte

Plaidant pour Safine Hamadi, Me Tom Michel a décrit « un labyrinthe dans lequel beaucoup se sont perdus », insistant sur les différences entre les prévenus. Selon lui, son client paye aujourd’hui encore les conséquences de cette période. « Quand il cherche un emploi classique, on le ramène à la pourriture qu’il a été », a-t-il plaidé, rappelant que Safine Hamadi n’était « plus jamais apparu sur un écran d’ordinateur ou de télévision » depuis les faits.

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Me Fabien Carles, conseil d’Owen Cenazandotti, a lui aussi replacé l’affaire dans un contexte actuel. « J’étais comme eux, je ne le suis plus », a-t-il lancé en préambule, évoquant une génération qui se lance des défis mais qui, contrairement à la sienne, est désormais en permanence exposée. Contestant la qualification de plusieurs infractions, il a soutenu que les violences « n’allaient jamais plus loin que ce qui était accepté » et que Raphaël Graven, décédé en plein live dans la nuit du 18 août 2025, « n’était pas un débile ». Comparant enfin ces contenus à d’autres formes de divertissement télévisuel, il a appelé le tribunal à « ne pas reprocher aux prévenus les dérives de notre temps ».

Le tribunal, présidé par Marion Menot, rendra sa décision le 5 août.