La défense d'Abdelhakim Sefrioui réclame l'acquittement au nom de la cohérence juridique
Lors de l'audience de samedi à la cour d'assises spéciale de Paris, la défense d'Abdelhakim Sefrioui a fermement demandé son acquittement. Maître Vincent Brengarth, son avocat, a plaidé que son client n'avait aucune intention que sa campagne en ligne menace la vie de Samuel Paty, le professeur d'histoire-géographie assassiné en octobre 2020.
Un principe fondamental du droit pénal en jeu
« Point de crime ou de délit sans intention de le commettre » : c'est sur ce principe cardinal du droit pénal que s'appuie la défense. Vincent Brengarth met en garde contre un glissement dangereux qui transformerait l'association de malfaiteurs terroriste en une infraction non intentionnelle. « Attention à ce glissement ! », a-t-il martelé devant la cour.
Abdelhakim Sefrioui, aujourd'hui âgé de 66 ans, est rejugé en appel avec Brahim Chnina (54 ans) et deux amis du tueur. Tous sont poursuivis pour complicité dans l'assassinat de Samuel Paty, survenu près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines.
Une campagne de haine aux conséquences tragiques
Condamnés en première instance à des peines de 13 et 15 ans de réclusion, Chnina et Sefrioui avaient orchestré une campagne de haine virulente qui n'a cessé qu'avec la mort tragique de l'enseignant. Samuel Paty a été décapité par Abdoullakh Anzorov après avoir montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression.
La défense insiste sur un point crucial : Sefrioui et Chnina ne connaissaient pas Anzorov et ignoraient totalement ses projets d'attentat. Le djihadiste tchétchène de 18 ans avait commencé à fomenter son acte bien avant la controverse du Bois d'Aulne.
L'accusation parle d'être à « l'origine du Mal »
Face à ces arguments, l'accusation maintient des réquisitions sévères, estimant que les deux hommes sont à « l'origine du Mal ». Le parquet général ne leur reproche pas des actes préparatoires à l'attentat spécifique d'Anzorov, mais plutôt des actes préparatoires à tous les Anzorov potentiels.
Vincent Brengarth conteste cette logique avec vigueur : pourquoi ces « actes préparatoires » n'auraient-ils pas alerté les autorités policières, pourtant au courant de la controverse, des vidéos et des messages vindicatifs ?
Une campagne médiatique, pas clandestine
L'avocat souligne que la campagne était « médiatique » et non souterraine. Aucune judiciarisation n'a été envisagée, aucune suppression demandée. Cette inaction ne serait pas une défaillance, mais s'expliquerait par l'absence d'infraction pénale caractérisée. « Personne ne pouvait envisager l'issue dramatique, l'issue fatale », affirme-t-il, ni les autorités, ni les accusés.
Un renversement de la logique judiciaire
Après l'attentat, dénonce Brengarth, l'enquête a renversé la logique de l'association de malfaiteurs terroriste. Traditionnellement, cette incrimination poursuit des protagonistes dont l'action antérieure est découverte par les investigations. Ici, les protagonistes sont connus et l'incrimination se fait a posteriori.
Un autre avocat, maître Francis Vuillemin, concède que la campagne a été virulente, avec « des modalités militantes peut-être critiquables », mais elle n'a « rien à voir avec l'association de malfaiteurs terroriste ».
Distinction entre les accusés et enjeux sociétaux
Vincent Brengarth prend soin de distinguer son client de Brahim Chnina. Ce dernier avait envoyé les premiers messages et diffusé l'identité de Samuel Paty avant l'intervention de Sefrioui. « Si vous retirez de l'équation monsieur Sefrioui, vous aboutissez exactement au même résultat », argue-t-il.
Le parquet général insiste sur les enjeux sociétaux du verdict, mais la défense réplique que le rôle de la cour n'est pas de corriger les maux de la société, mais d'appliquer le droit. « C'est vingt ans de réclusion qu'on vous demande ! À un moment donné, il faut admettre la confrontation avec les éléments de la procédure ! »
Une question de cohérence
La défense interroge la cohérence des réquisitions : vingt ans de réclusion contre Chnina et Sefrioui, sans explication détaillée, soit le double des demandes de première instance en 2024, tandis que les deux autres coaccusés écopent de quatre ans de moins pour un crime passible de la perpétuité.
« Condamnez [Sefrioui] à vingt ans ! À perpétuité même si vous voulez ! Mais vous ne tromperez personne ! », lance Vincent Brengarth. « La cohérence doit mécaniquement vous conduire à l'acquittement de monsieur Sefrioui ».



