Argentine : le second procès sur la mort de Maradona sous haute tension
Second procès sur la mort de Maradona en Argentine

Un second procès pour la mort de Maradona

Plus de cinq ans après sa disparition, un second procès sur la mort de Diego Armando Maradona a débuté en Argentine le 14 avril dernier, après l'annulation du premier. Ce nouveau procès met à nouveau en lumière les circonstances tragiques de son décès. Est-il possible de rendre justice à Dieu ? Est-il envisageable de réparer le deuil d'un peuple face à l'absence de son idole ? Faute de réponse, les trois juges du tribunal de San Isidro, en banlieue nord de Buenos Aires, s'emploient à éclaircir les circonstances de la disparition de Diego Armando Maradona, le 25 novembre 2020. Deux fois par semaine, face à une salle d'audience comble, ils écoutent les témoins qui défilent. Plus de 90 doivent être entendus dans ce procès-fleuve dont l'issue n'est pas attendue avant août.

Les circonstances du décès

Diego Maradona avait été opéré d'un hématome au crâne avant d'être transféré pour son suivi postopératoire dans une maison louée pour l'occasion. Deux semaines plus tard, à 60 ans, il était retrouvé mort des suites d'un œdème pulmonaire et d'un arrêt cardiorespiratoire, seul sur son lit dans une salle de jeu aménagée en chambre.

Les accusés

Sur le banc des accusés, sept professionnels de santé constituant l'équipe médicale qui devait assurer sa convalescence encourent des peines allant de 8 à 25 ans de prison pour « homicide par négligence » ayant entraîné la mort. « Ils ont abandonné Diego Maradona à son sort, le condamnant », a accusé le procureur Patricio Ferrari lors de la première audience le 14 avril dernier.

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Un premier procès annulé

Un procès aux airs de déjà-vu pour l'Argentine. En effet, le 11 mars 2025, les débats sur les circonstances de la mort de Diego Maradona avaient débuté une première fois sous le feu des médias. Vingt audiences et 44 témoins plus tard, le procès était brutalement interrompu. L'Argentine découvrait, perplexe, que la présidente du tribunal, la juge Julieta Makintach, avait autorisé une équipe à filmer les audiences, à l'insu de tous. L'objectif ? La réalisation d'une série documentaire exclusive sur ce procès hors norme, « Justice divine », dont elle aurait été la vedette. La justice a donc déclaré la nullité du procès en raison de « l'intérêt personnel » de la juge Makintach « dans le résultat de l'affaire ». Aucun des témoignages entendus ni aucune des preuves apportées en 2025 ne sont valides.

Les débats en cours

Au fil des séances, alors qu'experts et légistes se succèdent à la barre, on se souvient des mille et une vies du « 10 », de ses excès, de ses problèmes de santé et de ses addictions. Le cœur du héros populaire, 503 grammes au moment de sa mort, près du double de la moyenne, fait l'objet de tous les débats. Mort subite ou insuffisance cardiaque prolongée ? L'issue fatale aurait-elle pu être évitée ? Œdème, caillots dans le cœur, épanchement pleural, signes d'hypoxie… « Ce sont les signes d'une agonie prolongée », a assuré Carlos Casinelli, légiste qui a examiné le corps de Maradona sur son lit et a participé à l'autopsie. Le choix et les conditions du suivi « à domicile », alors que l'hospitalisation de Maradona aurait exigé sa mise sous tutelle face à son probable refus, sont également au centre du procès. La maison louée à Tigre, à 35 km de Buenos Aires, semblait être sommairement équipée pour la convalescence d'un patient de ce calibre. Alors que Diego Maradona souffrait d'une pathologie cardiaque chronique d'après certains experts, qu'il avait été hospitalisé en 2000 à la suite d'un incident cardiorespiratoire qui avait déjà failli entraîner sa mort, ni moniteur, ni défibrillateur, ni oxygène, n'ont été trouvés dans la résidence où il devait se rétablir.

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La défense des accusés

Du côté des accusés, on se défend de toute négligence. Ils évoquent un patient difficile, réticent aux soins, souffrant d'un trouble bipolaire et d'un trouble de la personnalité narcissique, d'après le psychologue Carlos Díaz. « C'est facile de s'en prendre à moi parce que je suis celui qui a eu le plus de contacts avec lui », a déclaré pour sa part Leopoldo Luque, médecin de confiance de Maradona sur la fin de sa vie et principal visé dans cette affaire. « Le seul qui me défendrait, ce serait Diego », a-t-il lancé lors de l'audience du 21 mai.

Manipulation et stratégie

Conséquence de l'annulation du premier procès, les accusés ont radicalement changé de stratégie, passant de la discrétion à la prise de parole presque systématique lors des audiences. Le Dr Luque conteste les témoins, parfois sans aucun égard pour les proches. Comme ce 14 mai, lorsque pour se défendre, il a diffusé la vidéo de l'autopsie sans en avertir les membres de la famille de Maradona, provoquant le départ précipité de sa fille Giannina, qui a quitté la salle en l'insultant. Les filles de Maradona pointent la responsabilité de Leopoldo Luque et parlent d'une « manipulation totale, horrible » de la famille afin de les convaincre que « la meilleure option était une hospitalisation à domicile, car on pourrait y aller autant de fois qu'on voudrait. » Elles évoquent également un plan plus vaste orchestré par son ancien avocat, Matias Morla, destiné à maintenir l'ex-footballeur sous contrôle. Le conseil a été renvoyé en procès dans une autre procédure pour gestion frauduleuse des marques Maradona.

La ferveur populaire

Lors de l'ouverture du procès, comme l'année précédente, aligné sur le trottoir, un petit groupe tenait une banderole à l'effigie de l'idole réclamant « Justicia por D10S » (Justice pour Dieu). Un collectif né quatre ans après sa mort, las des lenteurs de la justice, craignant qu'« après avoir fait gagner des millions à tout le monde », le héros populaire ne tombe dans l'oubli, explique José Luis Tedeschi. Pour ce « Maradonien », impossible de ne pas monter au créneau pour celui qui « représente l'identité de l'Argentine, sur le plan social et politique, la mobilité sociale. Le défenseur des plus humbles, celui qui n'a jamais oublié ses origines ».