Le procès en appel de Nicolas Sarkozy s'ouvre dans l'affaire du financement libyen
L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, déjà incarcéré puis libéré sous contrôle judiciaire, comparaît à nouveau devant la justice. Le procès en appel de dix personnes dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 a débuté ce lundi à Paris, représentant une échéance cruciale pour l'ex-chef d'État. Les débats devraient se prolonger jusqu'au 3 juin prochain.
Une condamnation lourde en première instance
En septembre dernier, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré l'ancien président coupable d'association de malfaiteurs et l'a condamné à cinq ans d'emprisonnement ferme. Les juges ont qualifié les faits de « corruption au plus haut niveau » d'une « exceptionnelle gravité ». Nicolas Sarkozy est entré à la prison de la Santé le 21 octobre, avant d'obtenir sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard.
Les accusations de fonds occultes
Dans ce feuilleton politico-financier entamé en 2011, l'ancien champion de la droite est accusé d'avoir voulu faire financer sa campagne victorieuse de 2007 par des fonds occultes provenant de Libye et du dictateur Mouammar Kadhafi, ce qu'il a toujours nié catégoriquement. Le tribunal a cependant rendu une décision nuancée en première instance, relaxant Nicolas Sarkozy pour trois infractions sur quatre.
Le financement massif de la campagne présidentielle de 2007 reste le point le plus épineux. Si les juges ont reconnu que l'envoi de 6,5 millions d'euros par la Libye était « corroboré », ils ont néanmoins conclu que rien ne permet d'affirmer avec certitude que ces fonds ont effectivement abondé les caisses de l'équipe de campagne. Le tribunal a toutefois estimé que Nicolas Sarkozy avait sciemment laissé son « premier cercle », composé de Claude Guéant et Brice Hortefeux, démarcher un proche du régime de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi.
Neuf autres prévenus aux côtés de l'ancien président
Les associations anticorruption Sherpa, Anticor et Transparency International France ont estimé que « le financement occulte de campagne électorale […] fragilise le pacte démocratique ». Aux côtés de l'ancien chef de l'État, plusieurs figures historiques de la « Sarkozie » jouent leur avenir judiciaire :
- Claude Guéant (81 ans), ancien secrétaire général de l'Élysée, conteste sa peine initiale de six ans de prison. Son état de santé ne lui permettra sans doute pas d'assister aux débats.
- Brice Hortefeux (67 ans) tente d'infirmer sa condamnation à deux ans de prison aménageables sous bracelet à domicile. Il lui est reproché d'avoir été un rouage clé du réseau de l'intermédiaire Ziad Takieddine, décédé peu avant le jugement de septembre dernier.
- Éric Woerth, trésorier de la campagne de 2007 et récemment nommé président du PMU, doit faire face à l'appel du Parquet national financier (PNF), qui conteste son innocence, bien qu'il ait été relaxé en première instance.
- Le banquier Wahib Nacer et l'homme d'affaires Alexandre Djouhri, initialement écroués en septembre, ont été remis en liberté ces dernières semaines.
Ce procès en appel représente donc un moment décisif non seulement pour Nicolas Sarkozy, mais aussi pour l'ensemble des prévenus impliqués dans cette affaire complexe qui secoue la vie politique française depuis plus d'une décennie.



