Le retour de Nicolas Sarkozy devant la justice parisienne
La première chambre de la cour d'appel de Paris, avec ses lambris majestueux, ses moulures dorées à l'or fin, ses imposants lustres suspendus à dix mètres de hauteur et ses tapisseries décaties, accueille à nouveau un procès politico-financier de grande ampleur. Après le jugement de Marine Le Pen concernant les assistants parlementaires de l'ex-Front National, c'est désormais au tour de Nicolas Sarkozy et des protagonistes du possible financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 d'occuper cette enceinte judiciaire prestigieuse.
Un procès en appel aux enjeux considérables
L'ancien président de la République comparaîtra en appel jusqu'au 3 juin prochain pour des chefs d'accusation graves : recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne électorale, corruption passive et association de malfaiteurs. Le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris l'avait relaxé des trois premières infractions mais l'avait condamné lourdement pour la quatrième : cinq ans d'emprisonnement ferme assortis d'un mandat de dépôt à effet différé.
Cette décision judiciaire avait conduit Nicolas Sarkozy à la maison d'arrêt de la Santé, où il est resté incarcéré pendant vingt jours, du 21 octobre au 10 novembre dernier. En qualité d'appelant, et donc à nouveau présumé innocent, il a été remis en liberté par la chambre des appels correctionnels, cette même juridiction qui doit maintenant le rejuger sur le fond.
Une arrivée discrète mais médiatisée
C'est donc en homme libre que l'ex-chef de l'État s'est présenté à la cour, ce lundi 16 mars, peu avant 13h30. Il est arrivé seul, sans la compagnie de son épouse Carla Bruni, qui l'avait pourtant accompagné lors de certaines audiences marquantes du procès en première instance. Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise blanche, Nicolas Sarkozy a longé sans y prêter attention le mur de journalistes qui l'attendaient dans la salle des pas perdus, avant de s'engouffrer dans la salle d'audience.
Comme à son habitude, il a serré chaleureusement la main des gendarmes du service d'ordre croisés sur son passage. En revanche, il a semblé ignorer son ancien ami et coprévenu Brice Hortefeux, condamné à deux ans de prison ferme aménageables, avec qui les relations étaient autrefois fusionnelles mais semblent aujourd'hui distendues.
Un dispositif de défense impressionnant
Pas moins de cinq avocats entourent l'ancien président, tandis que trois communicants de l'agence Forward se chargent de gérer ses relations avec la presse. Pour le moment, c'est le silence radio, et les trois consultants se contentent de sourire aux journalistes, ce qui constitue en soi un exercice délicat.
Déjà installés dans la salle d'audience se trouvent l'intermédiaire franco-algérien Alexandre Djouhri, le banquier franco-djiboutien Wahib Nacer, Thierry Gaubert (ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du Budget) et Eric Woerth, récemment nommé à la tête du PMU. Nicolas Sarkozy s'est assis au premier rang, attendant patiemment l'arrivée de la cour.
Une audience sous haute tension
La cour est présidée par Olivier Géron, assisté de deux assesseures auxquels les prévenus détenus (Nicolas Sarkozy, Wahib Nacer et Alexandre Djouhri) ont déjà eu affaire il y a quelques mois, lors de leurs demandes de mise en liberté. Olivier Géron procède méthodiquement à l'appel des présents et s'enquiert des constitutions de partie civile.
L'État libyen, son fonds souverain Libyan African Portfolio (qui estime avoir été ponctionné pour le versement de fonds illicites entre 2005 et 2007) et les associations anticorruption Sherpa, Anticor et Transparency International sont représentés. Plus d'une centaine de personnes, proches des victimes de l'attentat du DC-10 de la compagnie UTA survenu en 1989 au-dessus du Niger (170 victimes au total, dont 54 passagers français), entendent également demander réparation.
Les enjeux judiciaires et politiques
Le réexamen de la situation pénale d'Abdallah Senoussi, ancien chef des renseignements militaires libyens condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en 1999 à Paris, aurait été, selon l'accusation, l'une des contreparties évoquées par l'entourage de Nicolas Sarkozy en échange de liquidités.
Avant d'entamer la lecture du rapport qui prendra plusieurs heures, la cour examine la demande d'expertise médicale formée par Me Philippe Bouchez El Ghozi, avocat de Claude Guéant. Condamné en première instance à six ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, corruption, trafic d'influence, blanchiment aggravé en bande organisée et usage de faux, Claude Guéant avait échappé à l'incarcération le 25 septembre dernier en raison de son état de santé dégradé.
Les arguments de la défense
L'ancien directeur de cabinet, ex-secrétaire général et ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy est aujourd'hui âgé de 81 ans. Son état de santé s'est encore détérioré selon son avocat, qui indique que le chef du service où il est hospitalisé l'a jugé médicalement inapte à suivre ce procès en appel. La cour fait droit à la demande d'expertise médicale, espérant en obtenir les conclusions mardi au plus tard.
Plusieurs avocats plaideront mardi l'incompétence de la cour. Comme en première instance, les défenseurs de Nicolas Sarkozy invoqueront l'immunité présidentielle et, à titre subsidiaire, la compétence des juridictions d'exception (Haute Cour de Justice ou Cour de justice de la République) devant lesquelles leur client aurait dû comparaître selon leur argumentation.
Ce procès en appel s'annonce donc comme une nouvelle étape judiciaire majeure, avec des implications politiques et historiques considérables, qui se déroulera dans le cadre solennel de la première chambre de la cour d'appel de Paris jusqu'au début du mois de juin.



