Procès Sarkozy : l'ancien président face à la justice dans l'affaire du financement libyen
Sarkozy au tribunal pour le financement libyen de 2007

Une audience historique au palais de justice de Paris

Le palais de justice de Paris connaît une affluence exceptionnelle ce lundi, avec des centaines de journalistes venus du monde entier massés dans les couloirs menant à la première chambre de la cour d'appel. L'attention internationale se porte sur le procès en appel de dix personnes, dont l'ancien président Nicolas Sarkozy, dans l'affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

L'arrivée de l'ancien chef de l'État

Vêtu d'un costume et d'une cravate noire, avec un sourire crispé, Nicolas Sarkozy est arrivé peu avant 13h30. Il a serré les mains des gendarmes et des avocats croisés sur son passage avant de s'installer dans le prétoire aux côtés de ses conseils. Sur la table devant lui, il a déposé une bouteille d'eau, un dossier et son téléphone portable.

Une dessinatrice judiciaire, assise face à lui, a immédiatement commencé à croquer son portrait. Lorsque le président de la cour, Olivier Géron, a appelé les prévenus un par un, l'ancien président s'est levé. Le magistrat lui a demandé l'autorisation de simplifier son nom en l'appelant simplement « Nicolas Sarkozy », « comme on vous a toujours connu ». L'intéressé a accepté cette proposition avant de se rasseoir et de croiser les bras et les jambes.

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Les autres prévenus et l'absence notable de Claude Guéant

Parmi les co-prévenus figure Éric Woerth, ancien trésorier de la campagne de 2007, récemment nommé président du PMU. Bien qu'ayant été relaxé en première instance, il doit être rejugé suite à l'appel du parquet national financier.

Brice Hortefeux, 67 ans, ancien ministre et ami de longue date de Nicolas Sarkozy, est également présent. Condamné en première instance à deux ans de prison et 50.000 euros d'amende pour son rôle présumé d'intermédiaire avec des proches du colonel Mouammar Kadhafi, il est assis de l'autre côté de l'allée centrale, à quelques mètres seulement de l'ancien président.

Claude Guéant, ancien secrétaire général de l'Élysée sous la présidence Sarkozy, est quant à lui absent. Condamné à six ans de prison en première instance, son état de santé « s'est profondément détérioré ces dernières semaines », selon son avocat, Me Philippe Bouchez El Ghozi. L'avocat a précisé que l'« état polypathologique » de son client de 81 ans ne lui permettait pas « d'être physiquement présent » au tribunal, ajoutant que « la situation médicale » de M. Guéant « n'a pas vocation à s'améliorer ».

Après une courte suspension d'audience, le président de la cour a ordonné une expertise médicale du prévenu. Un médecin doit le rencontrer dans l'après-midi et rendre ses conclusions à la cour dès mardi.

Les peines prononcées en première instance

Le président Géron, entouré de ses deux assesseurs, a rappelé les peines prononcées en septembre dernier par le tribunal correctionnel. Nicolas Sarkozy avait été relaxé pour trois des quatre infractions pour lesquelles il était jugé : corruption passive, détournement de fonds publics et financement illégal de campagne.

En revanche, il avait été reconnu coupable d'association de malfaiteurs et condamné à cinq ans de prison ferme, assortis d'un mandat de dépôt avec exécution provisoire. L'ancien président, qui a toujours nié vigoureusement les accusations, avait également écopé d'une amende de 100.000 euros. Dans ce dossier, il avait été incarcéré 20 jours à la prison de la Santé avant d'être remis en liberté, une première pour un ex-président depuis l'instauration de la Ve République.

Le déroulement de l'audience

Nicolas Sarkozy a écouté attentivement le président de la cour qui entamait la lecture de son rapport. De temps à autre, il prenait des notes sur une feuille, regardait l'heure sur sa montre, agitait la jambe droite et bougeait les genoux de manière nerveuse.

Le magistrat a prévu deux jours pour rappeler les faits reprochés aux prévenus, reconnaissant la complexité du dossier. « Je m'excuse par avance du côté un peu fastidieux », a-t-il déclaré, avant d'annoncer qu'il ferait « des pauses, bien évidemment ».

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Lors d'une première interruption, l'ancien chef d'État a brièvement échangé quelques mots avec Éric Woerth. Il a ensuite sorti une boîte à goûter vert foncé et a avalé frénétiquement une vingtaine de gâteaux, selon les observations des journalistes présents. Debout, il en a proposé à ses conseils, avec lesquels il parlait en agitant les mains de manière expressive.

La suite des débats

L'audience a repris une vingtaine de minutes plus tard. Vers 18h30, le magistrat a interrompu sa lecture. Le procès reprendra mardi matin à 9 heures. Nicolas Sarkozy pourrait être interrogé par la cour les 7, 8 et 13 avril, bien que « les agendas peuvent encore évoluer », comme l'a prévenu le président Géron.

Cette audience d'appel, qui doit se poursuivre jusqu'au 3 juin, marque un nouveau chapitre judiciaire pour l'ancien président, dont le procès attire une attention médiatique sans précédent en France.