William Attal poursuit son combat pour que le meurtrier de sa sœur Sarah Halimi soit jugé
Sarah Halimi : le frère ne lâche rien face à l'irresponsabilité pénale

Le combat incessant de William Attal pour la mémoire de sa sœur

Installé en Israël, William Attal, frère de Sarah Halimi, refuse catégoriquement d'accepter la décision judiciaire qui a déclaré le meurtrier de sa sœur pénalement irresponsable, lui permettant ainsi d'échapper à la prison. Dans la nuit tragique du 4 avril 2017, Kobili Traoré, voisin de la victime, s'était introduit dans son appartement parisien avant de la battre sauvagement et de la défenestrer. Cette femme de 65 ans est morte des suites de cette agression d'une violence inouïe.

Une décision judiciaire controversée

Cinq experts psychiatres avaient examiné le profil de Kobili Traoré, aboutissant à des conclusions divergentes concernant l'altération et l'abolition de son discernement. La première option aurait conduit l'agresseur devant les assises et, inévitablement, en prison, sa culpabilité ne faisant aucun doute. Cependant, c'est la seconde option qui a finalement été retenue par un arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris le 19 décembre 2019, confirmé par la Cour de cassation le 14 avril 2021.

Cette décision a mené Kobili Traoré vers une unité pour malades difficiles (UMD) dans un hôpital psychiatrique du Val-de-Marne, où il a bénéficié très rapidement de permissions de sortie. Dès 2022, il circulait librement dans Paris, suscitant l'indignation de la famille de la victime et d'une partie de l'opinion publique.

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Une surveillance à distance et une nouvelle arrestation

William Attal n'a jamais cessé de suivre le dossier à distance. Depuis le crime, il a contacté voisins, soignants, policiers, journalistes, avocats, magistrats et élus, rassemblant des éléments disparates dans l'espoir de démontrer que Kobili Traoré simulait la folie après avoir commis un crime antisémite. Pour William Attal, il s'agissait d'un crime commis sous l'emprise du cannabis avec une dimension délirante, mais en pleine conscience, motivé par la haine des juifs et un fanatisme religieux musulman.

Fin février 2026, Kobili Traoré a été arrêté à nouveau pour avoir passé à tabac un homme avec deux comparses dans le XVIe arrondissement de Paris le 27 janvier. Cette affaire, dont la toile de fond semble liée au trafic de drogue, a conduit Kobili Traoré en détention provisoire. Fait troublant : il se trouvait en fugue de l'hôpital psychiatrique au moment de cette nouvelle agression.

Un profil criminel établi

Neuf années séparent ces deux affaires, mais le « home-jacking » de janvier 2026 ne suffit pas à rouvrir l'information judiciaire concernant la mort de Sarah Halimi. Pourtant, la capacité de Kobili Traoré à commettre des actes violents en toute conscience était bien documentée. Son enquête de personnalité, consultée par Le Point, fait état de multiples vols, violences et autres délits. Dès fin 2014, à 24 ans, il cumulait déjà des condamnations à quatre ans et deux mois de prison ferme.

Une dimension politique persistante

La « demande de réquisitions aux fins de saisine de la chambre de l'instruction sur charges nouvelles » a été déposée pour William Attal par Me Olivier Pardo, avocat médiatique d'Éric Zemmour. Depuis le début, ce dossier revêt une dimension politique marquée. Une large fraction de la communauté juive française est persuadée que le caractère antisémite du meurtre a été occulté pour ne pas faire le jeu du Rassemblement National.

Sarah Halimi a été tuée seulement 19 jours avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2017. En 2022, le député UDI des Français de l'étranger Meyer Habib avait monté une commission d'enquête sur le traitement de ce crime par la justice française, soulignant les tensions persistantes autour de cette affaire.

De nouvelles preuves rassemblées

La demande de Me Pardo, qui s'étend sur 13 pages, s'appuie sur des éléments compilés par William Attal. Parmi ceux-ci figure un enregistrement réalisé par un voisin la nuit du meurtre, où l'on entend Kobili Traoré tenir des propos vengeurs contre les juifs : « Ta gueule, je vais tout faire avec cette juive », « Présidence Abou Mazen qui m'aide, les Palestiniens t'enculent ». Abou Mazen est le surnom de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne.

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La requête évoque également des témoignages recueillis par la commission d'enquête parlementaire ou par William Attal lui-même, tendant à établir que Kobili Traoré avait prémédité son geste, ce qui serait « incompatible avec l'abolition du discernement », selon Me Pardo. Une policière qui connaissait Sarah Halimi aurait confié à William Attal que la victime subissait régulièrement des insultes antisémites et des crachats de la part de Kobili Traoré depuis de nombreux mois.

La question de la consommation de drogue

William Attal affirme avoir rassemblé en 2025 des éléments attestant que Kobili Traoré avait consommé du crack avant le meurtre, et pas seulement du cannabis. Selon Me Pardo, cette consommation consciente de crack, substance fréquemment associée aux bouffées délirantes, démontrerait que l'agresseur ne pouvait ignorer les risques psychotiques auxquels il s'exposait.

« Loin d'avoir été victime d'une crise psychotique qu'il ne pouvait anticiper, il a déclenché lui-même, en conscience, cette crise, en consommant du crack et en a amplifié les effets en y ajoutant une consommation de cannabis. Il ne saurait donc y avoir d'abolition du discernement dans un tel cas », avance l'avocat dans sa demande.

Un simulateur selon les soignants

Un témoignage devant la commission parlementaire d'un journaliste de France 24, Christophe Dansette, rapporte les confidences d'une infirmière qui s'était occupée de Kobili Traoré. Elle affirmait : « Il ne prend pas de traitements, il n'est pas malade, c'est un grand simulateur, je l'ai déjà vu à l'œuvre. Il fume toujours du shit, lorsqu'il se rend à la cafétéria [...] Il est extrêmement religieux, il ne manque aucune des cinq prières de la journée. Il a refusé pendant un temps d'être soigné par une infirmière juive, parce qu'il avait peur de récidiver. »

L'amertume persistante des proches

Ces éléments sont accablants pour Kobili Traoré, mais rien ne garantit qu'ils suffiront à rouvrir le dossier. Ceux extraits des auditions de la commission d'enquête ne sont pas véritablement nouveaux, tandis que les autres risquent de se heurter aux conclusions des psychiatres, qui avaient clairement établi que l'antisémitisme pouvait être compatible avec l'abolition du discernement.

L'amertume des proches de Sarah Halimi reste immense. L'enquête de personnalité décrit Kobili Traoré comme un individu violent, manipulateur, « paresseux » de son propre aveu, affichant « un comportement de caïd » dès la classe de cinquième selon un éducateur, incapable de supporter la frustration et consommant dix à quinze joints par jour.

Il a été jugé responsable de ses actes par la justice dans plusieurs affaires avant ce meurtre, et le sera à nouveau puisqu'il comparaîtra en correctionnelle pour l'agression du 27 janvier 2026. La nuit du 4 avril 2017 reste cependant une parenthèse terriblement ambiguë d'abolition du discernement, hypothèse avancée par certains experts – mais pas tous – et finalement retenue par la justice française.