La famille de Sarah Halimi réclame une nouvelle instruction
Près de neuf ans après le meurtre antisémite de Sarah Halimi à Paris, sa famille lance une nouvelle offensive judiciaire. Les avocats de la famille ont déposé une requête devant la cour d'appel de Paris pour rouvrir l'instruction, affirmant détenir des éléments inédits sur Kobili Traoré, le principal suspect jugé pénalement irresponsable.
Des éléments nouveaux pour contester l'irresponsabilité pénale
Dans un communiqué, Mes Olivier Pardo et Raphaële Bialkiewicz, avocats de la famille Halimi, assurent posséder « des éléments nouveaux que ne détenaient ni les magistrats instructeurs ni les experts judiciaires ». Ces informations, selon eux, « mettent à bas l'irresponsabilité pénale » de Kobili Traoré.
Parmi ces éléments figurent :
- La consommation de crack antérieure au passage à l'acte
- Des indices de préméditation
- Un enregistrement audio réalisé lors de la défenestration qui démontrerait la conscience politique et antisémite du suspect
Les avocats estiment que toutes ces informations sont « incompatibles avec une abolition du discernement ».
Un frère déterminé à obtenir justice
William Attal, le frère de Sarah Halimi, a exprimé sa détermination sans faille : « On fera tout pour que cet assassin soit jugé ». Il a évoqué les souffrances endurées par sa sœur et lancé un avertissement poignant : « Si en France maintenant, on n'est pas capable de juger et de faire condamner un tueur assassin qui a prémédité un assassinat aussi terrible que celui de ma sœur, alors la France n'est plus la France ».
Il a même comparé cette affaire à l'affaire Dreyfus, la qualifiant de « pire ».
Contexte judiciaire complexe
Rappel des faits : en 2017, Kobili Traoré, gros consommateur de cannabis, avait roué de coups Sarah Halimi, sa voisine de 65 ans, au cri de « Allah Akbar », avant de la jeter du haut d'un balcon. Bien que la nature antisémite du crime ait été reconnue, la Cour de cassation avait confirmé en avril 2021 l'absence de procès, les experts psychiatriques ayant conclu à une « bouffée délirante » au moment des faits.
Depuis, Kobili Traoré a fait l'objet de soins psychiatriques intensifs, alternant entre unités pour malades difficiles et hôpitaux. Il est également mis en examen dans une autre affaire depuis février, soupçonné avec deux complices d'avoir agressé et volé une personne auprès de laquelle ils se fournissaient en stupéfiants.
Divergences entre les parties
Dans ce nouveau dossier, un psychiatre a attesté lors de la garde à vue récente que Kobili Traoré « ne présentait pas de symptomatologie aiguë, ni syndrome délirant ni désorganisation ». Me Pardo voit dans cet élément un argument supplémentaire : « Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois l'expertise démontre que ce n'est pas le cas ».
Une affirmation fermement contestée par Me Thomas Bidnic, avocat de Kobili Traoré : « J'affirme que jamais, dans ce nouveau dossier, Kobili Traoré n'a fait valoir l'abolition de son discernement ».
Une affaire qui n'est pas terminée
Malgré les années écoulées, les avocats de la famille Halimi restent déterminés : « L'affaire Sarah Halimi n'est pas terminée », ont-ils promis. La requête déposée auprès de la procureure générale de la cour d'appel de Paris marque le début d'une nouvelle bataille judiciaire qui pourrait relancer ce dossier emblématique de la lutte contre l'antisémitisme en France.
La décision de la cour d'appel sur la réouverture de l'instruction est désormais attendue avec une attention particulière, tant par la famille de la victime que par les observateurs du monde judiciaire et de la société civile.



