Un réseau pédocriminel international démantelé entre la France et le Sénégal
Une vingtaine de suspects ont été mis en examen au Sénégal et en France dans le cadre d'une enquête sur un réseau pédocriminel international attribué à un homme d'affaires français. Ce réseau, démantelé en février à Dakar, aurait particulièrement ciblé des élèves d'écoles coraniques, des talibés rendus vulnérables par leur situation de précarité extrême.
Quatorze arrestations au Sénégal, un suspect en fuite aux États-Unis
Début février à Dakar, quatorze Sénégalais, nés entre 1976 et 2006, ont été inculpés et écroués. Les charges retenues contre eux incluent pédophilie, corruption de mineurs et transmission volontaire du sida. Un quinzième suspect est actuellement en fuite aux États-Unis, selon des sources proches du dossier au Sénégal qui se sont confiées à l'AFP.
Ces individus sont soupçonnés d'appartenir à un réseau criminel qui serait dirigé, selon l'accusation, par un ressortissant français. Ce dernier a été arrêté en avril 2025 à Beauvais, dans le nord de la France.
Pierre Robert, septuagénaire accusé d'être le chef du réseau
Pierre Robert, septuagénaire, est accusé d'être à la tête depuis 2017 d'un réseau transnational déployé entre la France, le Sénégal, le Maroc, la Mauritanie et le Mali. D'autres pays africains font également l'objet d'investigations, précise une source proche française du dossier.
À Paris, Pierre Robert est mis en examen depuis avril dernier pour une série de crimes graves :
- Traite d'être humain
- Proxénétisme aggravé
- Viol et agression sexuelle sur des jeunes de moins de 15 ans
- Administration de substance nuisible à un jeune de moins de 15 ans suivie de mutilation ou infirmité permanente
- Instigation à commettre un viol sur mineur non suivie d'effet
Le suspect nie vigoureusement toutes ces accusations. Son avocat parisien, Antonin Gravelin-Rodriguez, dénonce un récit médiatique exclusivement à charge nourri par une accusation qui se déchaîne dans la presse.
Des talibés particulièrement ciblés en raison de leur précarité
Les quatorze arrestations au Sénégal font suite à des informations anonymes reçues en août 2024 par l'Ofmin, l'organisme français chargé de la lutte contre les infractions contre les mineurs. Ces informations mettaient directement en cause Pierre Robert, propriétaire de plusieurs immeubles à Beauvais et séjournant régulièrement au Sénégal.
Selon les sources sénégalaises, le chef du réseau cherchait spécifiquement l'enrôlement de jeunes enfants de sept à treize ans, aux fins de leur exploitation dans des pratiques sexuelles entre hommes organisées dans une villa à Saly Portudal, station balnéaire située au sud de Dakar.
Les cibles de prédilection étaient les talibés, ces élèves d'écoles coraniques dont des milliers, selon des ONG, mendient dans les rues du Sénégal, pays majoritairement musulman. Leur extrême précarité les rendait particulièrement vulnérables aux sollicitations du réseau.
Des preuves accablantes découvertes par les enquêteurs
Les enquêteurs ont découvert des éléments particulièrement troublants :
- Des images d'enfants en situation de sodomie ont été retrouvées dans des échanges entre Pierre Robert et l'une des quatorze personnes arrêtées au Sénégal.
- Les mineurs recrutés devaient jouer les rôles de partenaires dits passifs lors des ébats sexuels.
- Une personne mise en cause a affirmé que Pierre Robert lui avait demandé de recruter des garçons mineurs, notamment de bas âge entre cinq et dix ans.
- Une autre a reconnu avoir transmis à Pierre Robert des vidéos la montrant en accouplement avec des mineurs.
Deux complices poursuivis à Paris
Outre Pierre Robert, deux hommes sont poursuivis à Paris pour proxénétisme aggravé et traite d'être humain, le tout en bande organisée, selon le parquet de Paris.
L'un d'eux, Adrien Bastard, a reconnu avoir acheté des vidéos à caractère sexuel auprès de Sénégalais. Les enquêteurs français le considèrent comme le bras droit de Pierre Robert, avec qui il s'est notamment rendu au Maroc. Ce quadragénaire, qui travaille dans le transport de cercueils, bénéficiait d'une certaine notoriété dans le nord de la France avant cette affaire.
Son avocat, Me Réda Ghilaci, affirme que son client nie l'intégralité des faits reprochés et semble payer sa proximité avec M. Robert - une responsabilité par ricochet, commode mais juridiquement vide. Adrien Bastard, d'abord écroué, a été relâché en août sous contrôle judiciaire.
Des investigations qui révèlent l'ampleur du réseau
L'enquête a révélé des liens entre Pierre Robert et plusieurs Sénégalais identifiés à travers des transferts d'argent. Quatre d'entre eux sont accusés d'avoir été chargés de recruter et d'initier des jeunes en vue de pratiques homosexuelles rémunérées.
Les enquêteurs se sont rendus à Saly pour examiner la maison que Pierre Robert avait l'habitude de louer pour y organiser des soirées de rencontre entre jeunes garçons et des clients. La perquisition d'un appartement a permis de saisir des éléments compromettants : des boîtes vides de médicaments contre le VIH, du lubrifiant, des préservatifs et des sex-toys.
Pierre Robert est également soupçonné d'avoir placé des caméras dans un appartement pour suivre les ébats sexuels entretenus par l'habitant avec d'autres personnes de même sexe.
Un contexte sénégalais marqué par des affaires similaires
Au Sénégal, les médias ont régulièrement fait état ces dernières années d'arrestations d'auteurs d'abus et/ou de meurtres d'enfants, en particulier dans le milieu scolaire ou dans le cercle familial. Cette affaire vient donc s'inscrire dans un contexte plus large de préoccupations concernant la protection des mineurs dans le pays.
L'enquête se poursuit activement dans les deux pays, avec des investigations qui pourraient révéler d'autres ramifications de ce réseau pédocriminel international dont l'ampleur et la cruauté choquent particulièrement les opinions publiques française et sénégalaise.



