Pérou : l'éviction d'une procureure anti-corruption déclenche une crise judiciaire
Cette photographie fournie par la présidence péruvienne montre l'ancien président péruvien José Jeri, situé à gauche, serrant la main du procureur général, Tomas Aladino Galvez, au palais du gouvernement, à Lima, le 30 janvier 2026. L'image illustre un contexte politique tendu, marqué par des tensions au sein des institutions judiciaires.
Une destitution qualifiée de représailles politiques
« Il s'agit d'un acte de représailles et de pure persécution politique. » C'est avec ces mots forts que Delia Espinoza, l'ex-procureure générale chargée d'enquêter contre les délits commis par les plus hauts dirigeants du pays, a réagi à son inhabilitation de la fonction publique pour dix ans. Cette décision a été prise le 3 décembre 2025 par le Congrès, la chambre parlementaire unique à majorité de droite. Puis, le 23 janvier, elle a été officiellement destituée par le Conseil national de justice, l'organe responsable de la nomination des magistrats.
À Lima, Delia Espinoza affirme aujourd'hui avec conviction qu'elle est devenue une figure dérangeante pour un pouvoir sur lequel elle menait des enquêtes approfondies. « Plus de la moitié des députés sont visés par des enquêtes pour divers délits de corruption présumés, allant du trafic d'influence au détournement de fonds ou à l'abus d'autorité », explique la magistrate de 59 ans. « On a voulu me détruire. Mais c'est aussi un message clair pour d'autres procureurs qui seraient tentés de poursuivre ces enquêtes : “Voilà ce qui vous attend si vous ne vous alignez pas.” »
Des réactions internationales et des critiques vives
Son éviction soudaine a déclenché de vives critiques de la part de plusieurs acteurs :
- Les médias indépendants, qui ont souligné les risques pour la démocratie.
- Les organisations non gouvernementales (ONG), préoccupées par l'état de droit.
- Les organismes internationaux, dont l'ONU, qui ont exprimé leurs inquiétudes.
La rapporteuse spéciale de l'ONU sur l'indépendance des juges et des avocats, Margaret Satterthwaite, a mis en garde le Pérou contre ce qui « menace l'intégrité et l'impartialité des procédures judiciaires ». Cette mise en garde souligne les enjeux cruciaux pour l'avenir du système judiciaire péruvien.
Une polarisation politique exacerbée
À l'opposé, le président du Congrès, le fujimoriste Fernando Rospigliosi, membre de la droite et du parti portant le nom de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori (1990-2000), s'est félicité sur X de la « chute » récente de magistrats qualifiés de « caviars », une référence péjorative à la gauche progressiste. Cette déclaration illustre la polarisation politique croissante au Pérou, où les affrontements idéologiques influencent directement les décisions institutionnelles.
Cette affaire met en lumière les défis majeurs auxquels fait face la justice péruvienne, entre indépendance des magistrats et pressions politiques. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l'impact de cette éviction sur les enquêtes en cours et sur la confiance des citoyens envers leurs institutions.



