Procès Tariq Ramadan : un mois à huis clos pour trancher des accusations de violences sexuelles
Le procès de Tariq Ramadan, islamologue suisse de 63 ans, s'ouvre ce lundi devant la cour criminelle départementale de Paris. Il est accusé d'avoir violé trois femmes entre 2009 et 2016, des faits qu'il conteste fermement, évoquant un piège tendu par ses ennemis. Âgé de 63 ans, il risque jusqu'à vingt ans d'emprisonnement si sa culpabilité est établie.
Un huis clos controversé pour protéger les plaignantes
Le procès se déroulera à huis clos pendant un mois, à la demande de Christelle*, l'une des trois plaignantes. Me Laura Ben Kemoun, avocate de cette dernière, explique à 20 Minutes : « Notre cliente était attachée à la publicité des débats. Mais elle a été contrainte de demander un huis clos pour protéger son identité. Les parties civiles dans ce dossier ont fait l'objet d'un acharnement, il y a eu des menaces, du harcèlement. »
La défense de Tariq Ramadan exprime sa déception face à cette décision. Me Sarah May Vogelhut, qui défend l'accusé, déclare : « On aurait souhaité que la presse soit témoin de ce qui est déjà un déni de justice. On comprend mal cette demande après des années de lynchage de Tariq Ramadan dans les médias, y compris de la part des trois plaignantes. »
Des accusations détaillées et des similitudes troublantes
L'affaire a éclaté en octobre 2017 lorsque Henda el Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque, a porté plainte pour un viol qu'elle affirme avoir subi en mars 2012. Âgée de 49 ans, elle décrit avoir contacté Tariq Ramadan sur Facebook en 2011 pour des questions religieuses. Leurs échanges sont devenus progressivement plus intimes, avec l'islamologue évoquant son penchant pour les relations dominant-dominée.
En mai 2012, lors d'un passage à Paris, il l'invite dans sa chambre d'hôtel. Selon son récit, la rencontre tourne au drame avec des gifles, des insultes, des morsures et des étranglements. Elle le supplie d'arrêter, mais en vain. Malgré ce traumatisme, elle maintient le contact jusqu'en 2015, avec des menaces réciproques de part et d'autre.
Les deux autres plaignantes, également musulmanes pratiquantes, rapportent des expériences similaires : contact via Facebook, échanges intimes, envoi de photos suggestives, puis invitation à l'hôtel lors de conférences. Christelle a décrit la relation comme « baiser avec Dieu » aux experts, mais toutes dénoncent des violences sexuelles humiliantes et des pratiques scatologiques.
La défense dénonce un complot et invoque des raisons médicales
Tariq Ramadan nie catégoriquement ces accusations. Il a d'abord nié avoir rencontré les plaignantes pour « protéger » sa famille, avant de reconnaître en 2018 avoir eu des relations intimes avec elles. Il affirme n'avoir jamais commis de violence sur une femme, évoquant des « rapports de dominants-dominés, dans une complicité fougueuse, jamais sadomasochiste ».
Sa défense soutient que les plaignantes ont participé à un piège orchestré par ses « ennemis », notamment le polémiste d'extrême droite Alain Soral et le paparazzi Jean-Claude Elfassi. Me Vogelhut insiste : « On sait qu'on a la vérité judiciaire pour nous. On a des expertises privées qui démontrent scientifiquement l'innocence de Tariq Ramadan. »
La défense espère également un renvoi du procès pour raison médicale, arguant que l'état de santé de Tariq Ramadan, qui souffre de sclérose en plaques, s'est aggravé avec le stress du procès, survenant en pleine période de ramadan.
Les juges se concentrent sur les faits malgré les théories du complot
Les juges d'instruction ont rejeté la théorie du complot et ont renvoyé Tariq Ramadan devant la cour criminelle. Me Ben Kemoun répond : « Il faut se recentrer sur les faits. Il y a des accusations précises, des procédés décrits de la même façon par des femmes qui ne se connaissaient pas à la base. Il faut faire fi de tous les écrans de fumée brandis par la défense. »
Ce procès, qui intervient quatorze ans après les premiers faits dénoncés, représente un moment crucial pour les plaignantes. Henda el Ayari, par l'intermédiaire de son avocat Me David-Olivier Kaminski, le décrit comme « le courage d'une femme violée avec violence qui a osé porter plainte la première à l'encontre d'un homme puissant ».
Les débats, bien que tenus à huis clos, promettent d'être intenses, avec des enjeux humains et judiciaires majeurs pour toutes les parties impliquées.



