Au deuxième jour du procès de Claude Salmier devant la cour d’assises de la Gironde, ce 29 avril, l’avocat général a écarté toute abolition ou altération du discernement de l’accusé. Interrogé sur le meurtre qui lui est reproché, ce dernier s’est retranché derrière une amnésie. « Je ne me souviens pas », est la réponse la plus fréquente de Claude Salmier.
Un accusé qui ne se souvient pas
Âgé de 43 ans, Claude Salmier est renvoyé devant la cour d’assises de la Gironde pour le meurtre de Martine Delarche, une femme de 67 ans tuée de 22 coups de couteau dans son appartement à Floirac, le 9 août 2022. Interrogé sur les faits, il s’est exprimé en fixant le sol, sans regarder ses interlocuteurs. Il ne conteste pas être l’auteur du crime, mais affirme ne pas s’en rappeler. « C’est moi, mais j’étais dans un état second, je n’étais pas moi-même. Je suis revenu à moi quand j’ai entendu Martine crier “arrête Ziko !” », murmure celui dont le surnom était Ziko.
La présidente Fabienne Roure-Guerrieri l’a interrogé : « L’un des deux experts psychiatres évoque une possible manipulation dans votre discours. Le psychologue parle d’une amnésie partielle, voire opportuniste. Faites-vous semblant d’avoir oublié ? » Claude Salmier a répondu : « J’ai complètement oublié. » De sa bouche, rien ne sort sur la « scène d’horreur » décrite par les enquêteurs, ni sur le mobile, si ce n’est la très succincte évocation d’une « dispute » le soir des faits : « On s’est embrouillés parce qu’elle voulait que je me soigne et parce que j’envoyais des messages de menaces à mon ex. »
Les experts psychiatres divisés
Quelques minutes après le crime, Claude Salmier a lui-même appelé la police et les pompiers. Sur les enregistrements, il dit d’un ton calme et posé avoir fait « une bêtise », tué sa « mère de cœur » en la poignardant, donne son nom et l’adresse. Si les faits ont été commis lors d’une décompensation liée à un trouble ayant pu abolir ou altérer son discernement, celle-ci a-t-elle pu disparaître aussi vite ? « Impossible », a exposé dans la matinée le docteur Jacques Bertrand, qui exclut « toute pathologie psychiatrique chronique » chez l’intéressé. « Il n’est ni schizophrène, ni bipolaire. En 2018, il a eu un épisode de bouffée délirante et a été hospitalisé un mois. Ce fut éphémère », déclare, catégorique, l’expert psychiatre. Il voit chez l’accusé une « personnalité borderline », « égocentrée », avec des « traits paranoïaques » et « abandonniques ».
Le second expert psychiatre, le Dr Jules Sanou, pense, lui, que le passage à l’acte est lié à « l’ivresse cannabique » de Claude Salmier au moment des faits « et, dans une moindre mesure, à son trouble schizo-affectif, dans un contexte de rupture de traitement ». Au cours de l’information judiciaire, il avait retenu une altération du discernement, mais nuance au procès, quand il apprend que le taux de THC relevé dans le sang de Claude Salmier n’était pas très élevé.
Le parquet requiert trente ans de réclusion
« La psychiatrie reste une science humaine », rappelle dans son réquisitoire l’avocat général Jean-François Couret, qui rejette toute abolition ou altération de la conscience de Claude Salmier. Il qualifie les faits de « meurtre d’une brutalité inouïe » commis par l’accusé sur sa concubine, un féminicide. Pour Jean-François Couret, les circonstances aggravantes de meurtre par conjoint et sous l’empire de stupéfiants, pour lesquelles Claude Salmier n’a pas été mis en accusation, doivent être retenues.
L’enquête a révélé que ce dernier entretenait une relation intime avec Martine Delarche depuis plus d’un an. Ils se connaissaient de longue date, s’étaient recroisés par hasard, il lui avait confié ses difficultés et cette femme généreuse avait voulu l’aider, l’avait soutenu pour sortir de prison et l’avait recueilli chez elle. L’amitié avait évolué en relation amoureuse. Les semaines précédant le drame, des tensions étaient apparues sur la consommation de cannabis de Claude Salmier, son refus de se soigner et les messages de menaces qu’il recommençait à envoyer à son ex-conjointe. Quelques jours avant le crime, Martine Delarche lui avait posé un ultimatum pour qu’il change. Le soir même, elle échangeait avec sa sœur.
« Claude Salmier est tellement égocentré qu’il a parlé de trahison à l’expert psychologue. Or, c’est lui qui a trahi », souligne l’avocat général avant de requérir trente ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers et un suivi socio-judiciaire de dix ans. Le verdict est attendu ce jeudi 30 avril.
Hommage à la victime
« Une femme extraordinaire », « généreuse », « solaire », « joyeuse », « qui a porté beaucoup de monde dans sa vie et méritait de profiter de sa retraite, de sa famille ». « C’était plus fort qu’elle, elle voulait remonter les gens à la surface. Concernant Claude Salmier, elle voulait le sauver. » Ce mercredi, des proches et anciens collègues de Martine Delarche ont témoigné des nombreuses qualités de la défunte, mère de trois enfants, grand-mère, secrétaire dans un cabinet d’avocats où sa disparition a laissé un grand vide. Les avocats des parties civiles, Me Pauline Payet et Nicolas Rothe de Barruel, ont rappelé la douleur de sa famille : « Ils veulent des réponses, la vérité. »



