Un témoignage poignant seize ans après les faits
Ce mardi 17 mars 2026, la cour d'assises des Landes a été le théâtre d'un témoignage particulièrement émouvant. La première victime de Sylvain Rossetti, aujourd'hui âgée de 37 ans, a pris la parole pour relater la tentative d'enlèvement dont elle a été la cible à Gelos, en Béarn, le 26 juin 2010. Alors âgée de 21 ans, la jeune femme a décrit avec une précision glaçante les événements de cette « chaude soirée d'été » qui a bouleversé son existence.
Une agression soudaine et violente
Rentrant seule chez sa grand-mère après une balade à Pau, elle se souvient d'avoir été dépassée par une voiture vers 3 heures du matin. Le conducteur, Sylvain Rossetti, est descendu de son véhicule pour ouvrir son coffre avant de l'agresser brutalement. « Deux bras sont passés devant moi avec un Scotch tiré dans les mains », raconte-t-elle, la voix tremblante. Saisie violemment, elle s'est débattue avec une énergie désespérée, frappant son agresseur et criant à l'aide.
Le moment le plus terrifiant survient lorsque l'homme lui met la main sur la bouche. « J'ai cru que c'était fini », confie-t-elle, avant d'ajouter qu'elle s'est jetée au sol pour compliquer la tâche de son agresseur. Traînée sur le bitume en direction du coffre de la voiture, son salut est venu d'un riverain alerté par ses cris. Sylvain Rossetti a alors lâché prise, permettant à la jeune femme de s'enfuir en courant pour se réfugier à plus d'un kilomètre de là.
Des séquelles psychologiques durables
Dans un récit poignant, la victime a décrit l'enfer vécu depuis cette agression. « À l'époque, je n'ai pas été crue par mon entourage », déplore-t-elle, évoquant la difficulté à faire admettre la réalité de cette histoire « sortie d'un film ». Les années qui ont suivi ont été marquées par une hypervigilance constante et une peur omniprésente.
« Ma peur a fini par diriger ma vie », lâche-t-elle, expliquant que chaque sortie s'accompagnait d'une « boule au ventre » insupportable. « Quelque chose s'est éteint ce jour-là, je n'ai plus vraiment vécu comme une jeune femme », témoigne-t-elle, décrivant comment cette tentative d'enlèvement a volé sa jeunesse et sa liberté.
Une résonance avec d'autres victimes
Son témoignage fait écho à celui déposé la veille par les parents de l'adolescente de Mont-de-Marsan, agressée par le même homme en mai 2023. Le père de la jeune fille avait évoqué « la cassure » vécue par son enfant, toujours incapable trois ans après les faits de sortir seule dans la rue. Cette similitude dans les traumatismes subis par les victimes renforce l'impact des actes de Sylvain Rossetti.
L'arrestation qui ravive les traumatismes
La victime explique s'être habituée à son angoisse permanente, au point d'en oublier parfois l'origine. Mais l'arrestation de son agresseur en juin 2023 l'a brutalement replongée dans ses souvenirs traumatiques. Interrogée sur ses sentiments en apprenant qu'il s'en était pris à une adolescente de 13 ans, elle répond d'une voix brisée : « C'était exactement ce que je voulais éviter quand j'ai parlé ».
Une question obsède particulièrement la cour d'assises depuis l'ouverture du procès : qu'aurait fait Sylvain Rossetti s'il était parvenu à enlever ses victimes ? L'homme, qui affirme n'avoir agi que par pulsion et s'être arrêté en prenant conscience de l'horreur de ses gestes, assure : « Je n'allais pas les violer ou même les tuer, je n'en suis pas capable ». Pourtant, sa première victime garde la conviction qu'un danger plus grave l'attendait : « Je savais qu'il y avait quelque chose de plus grave qui m'attendait derrière s'il réussissait à me mettre dans son coffre ».
Ce témoignage, attendu depuis seize ans, a résonné avec une force particulière dans la grande salle d'audience du tribunal de Mont-de-Marsan. Il rappelle non seulement la violence des faits, mais aussi l'impact durable des agressions sexuelles sur la vie des victimes, bien au-delà du moment de l'agression elle-même.



