Un procès pour provocation à la haine raciale à Libourne
Ce mardi 10 février, un homme de 49 ans domicilié à Guillac a comparu devant le tribunal correctionnel de Libourne, dans une affaire jugée atypique par les autorités judiciaires. Le prévenu était accusé de provocation à la haine ou à la violence raciale, suite à la publication de trois images ciblant la communauté juive sur son compte Facebook, entre le 6 et le 24 mai 2024.
Des publications antisémites et leur contexte
Les images incriminées comprenaient une représentation d'une commémoration de la déportation accompagnée d'émojis rigolards, une autre avec un homme déclarant « le four est prêt », et une troisième mêlant un jeu de mots entre le verbe chouiner et la Shoah. Le procureur de Libourne, Loïs Raschel, a souligné le caractère inhabituel de ce type de procès, notant que de tels cas ne sont pas quotidiens.
L'homme avait déjà été condamné pour des faits similaires en janvier de la même année, avec un sursis probatoire de deux ans. Lors de l'audience, la présidente Laëtitia Dautel l'a interrogé sur sa récidive, à quoi il a répondu qu'il n'avait pas été assez attentif, expliquant avoir publié sur Instagram sans réaliser que cela pourrait apparaître sur Facebook. Il a défendu sa liberté d'opinion, citant des sources révisionnistes sur la Seconde Guerre mondiale « pour avoir divers avis », et a invoqué un droit à l'humour, affirmant que ces publications l'amusaient.
Les arguments de l'accusation et de la défense
Pour le procureur, il n'y avait aucun doute sur la nature des actes, qualifiés d'incitation à la haine de la part d'un individu au discours complotiste et antisémite revendiqué. Il a demandé une peine de dix mois de prison, la révocation du sursis et une interdiction d'accès aux services en ligne. À l'inverse, l'avocate du prévenu, Me Constance Duval-Véron, a plaidé que son client n'avait fait que republier ces images sans commentaires, et qu'il n'était ni influenceur ni militant, limitant ainsi l'impact de ses publications.
Elle a également évoqué un droit à l'humour, en référence à des dessins de Charlie Hebdo, et a noté que l'image du four provenait d'une émission de cuisine américaine animée par un juif. Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 24 février, laissant planer l'incertitude sur l'issue de cette affaire qui interroge les limites de la liberté d'expression en ligne.