Procès Paty : Sefrioui maintient que les caricatures heurtent tous les musulmans
Procès Paty : Sefrioui sur les caricatures et son innocence

Procès Paty : Sefrioui défend ses positions sur les caricatures tout en clamant son innocence

Au procès de l'assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste âgé de 66 ans, a réaffirmé ce lundi que la publication de caricatures du prophète Mahomet heurte profondément tous les musulmans. Jugé pour son implication dans la campagne de haine en ligne ayant précédé le meurtre du professeur en octobre 2020, il nie catégoriquement toute responsabilité dans ce crime atroce.

Un militant qui se présente comme un acteur légal

Condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, Abdelhakim Sefrioui est rejugé devant la cour d'assises spéciales de Paris. Il est accusé d'avoir orchestré, avec Brahim Chnina, parent d'élève âgé de 54 ans, une cabale en ligne contre Samuel Paty. Cette campagne virulente n'a cessé qu'après l'assassinat du professeur, décapité par Abdoullakh Anzorov, un djihadiste tchétchène de 18 ans, pour avoir montré des caricatures du prophète à ses élèves du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine.

Le prévenu insiste sur le fait qu'il n'a jamais connu Abdoullakh Anzorov et n'a eu aucun contact avec lui. Il se déclare totalement étranger au crime, expliquant n'avoir agi que pour dénoncer ce qu'il percevait comme une stigmatisation des élèves musulmans par le professeur, sur la base des affirmations de Brahim Chnina.

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Des déclarations fortes sur les caricatures

Abdelhakim Sefrioui affirme que son action n'était pas motivée par la controverse sur le blasphème, même si les caricatures avaient été republiées par Charlie Hebdo au début du procès des attentats de janvier 2015. Pourtant, il n'hésite pas à exprimer clairement son opinion : « Les caricatures ne sont acceptées par aucun musulman », « tous les musulmans sont touchés [par ce sujet], c'est normal ».

Il précise : « Je suis libre de dire que je ne suis pas et que je ne serai jamais Charlie », tout en ajoutant : « ce que je n'ai pas le droit [de faire], c'est d'appeler à la haine, à la violence ». Le militant, fondateur du Collectif Cheikh Yassine, souligne qu'il a un casier judiciaire vierge malgré ses nombreuses manifestations sur des sujets comme le voile ou le conflit israélo-palestinien.

Des justifications contestées à la barre

La présidente de la cour a pointé des incohérences dans ses explications, notamment concernant un rassemblement public à Paris fin février 2015, peu après l'attaque contre Charlie Hebdo. Selon des propos lus à l'audience, il aurait demandé à Allah d'envoyer colère, pandémies et châtiment sur ceux qui se moquent du prophète. Abdelhakim Sefrioui répond : « Sincèrement, je ne m'en souviens plus du tout de ça », contestant la date et évoquant plutôt la dénonciation d'un ouvrage diffamatoire.

L'avocate générale a interrogé sa prétention à parler au nom de tous les musulmans : « Qu'est-ce que vous en savez, monsieur ? », « qu'est-ce qui vous autorise à parler au nom de tous les musulmans ? ». Contrairement à Brahim Chnina, condamné à treize ans de réclusion, Sefrioui ne reconnaît aucune responsabilité dans la mort du professeur, se limitant à exprimer ses condoléances à la famille Paty.

Une défense basée sur la prière et l'injustice

Face aux accusations sur sa diatribe de 2015, le prévenu se défend en affirmant : « Heureusement qu'on a encore le droit de s'adresser à notre Seigneur, avec les termes qui nous appartiennent ». Il qualifie ses propos de simple invocation ou prière, comme en font tous les musulmans, celle « du faible, de celui qui subit une injustice ». Interrogé sur la nature de cette injustice, il peine à répondre, s'embourbant dans des monologues complexes.

Le procès se poursuit avec le rejugement de deux proches d'Abdoullakh Anzorov, qui ont fait appel de leur condamnation à seize ans de réclusion pour complicité d'assassinat. Le verdict est attendu samedi, clôturant une audience marquée par des débats intenses sur la liberté d'expression, la responsabilité individuelle et les limites de l'activisme religieux.

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