Au procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, l’accusation a entamé ses réquisitions ce lundi en soulignant l’impact profond de ce dossier sur la confiance des citoyens envers les institutions. Le parquet général s’est exprimé à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de neuf autres prévenus, déplorant une affaire politico-financière explosive qui a « dégradé le pacte social ».
Des réquisitions marquées par l’amertume
Dans son propos introductif, l’un des trois avocats généraux, Rodolphe Juy-Birmann, a fait part du « goût amer » laissé par ce dossier. En touchant à l’organisation d’élections libres, « pilier central de la société démocratique », cette affaire a, selon lui, « largement participé, depuis qu’elle a été révélée, à dégrader le pacte social, scellant chez nos concitoyens un étrange sentiment de malaise, entre amertume et résignation ».
Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir, avec ses proches collaborateurs Brice Hortefeux et Claude Guéant, noué un « pacte de corruption » avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007. L’ancien président dément catégoriquement, affirmant qu’« pas un centime » d’argent libyen n’a été retrouvé dans sa campagne.
Les enjeux du réquisitoire
« Comment imaginer ce que ce dossier va révéler de la fragilité endémique du fonctionnement de nos institutions ? », a lancé M. Juy-Birmann, dénonçant des « accointements malsains » au sommet de l’État. L’ancien président, crispé, gardait le regard détourné. Les peines seront demandées mercredi.
En première instance, le ministère public avait requis sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Nicolas Sarkozy avait été condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, avec mandat de dépôt, et avait passé vingt jours derrière les barreaux avant d’être libéré sous contrôle judiciaire.
Tensions au sein de la défense
Parmi les contreparties présumées, l’accusation évoque l’examen de la situation pénale d’Abdallah Senoussi, dignitaire libyen condamné pour l’attentat du DC-10 d’UTA. En appel, la défense s’est lézardée : Nicolas Sarkozy a mis en cause la probité de Claude Guéant, qui a riposté par courrier. Il relate une scène à Tripoli en juillet 2007 où le président lui aurait dit : « Claude, voyez cela » à propos de Senoussi. Guéant affirme que rien n’a été entrepris pour gracier ce dernier, mais cette anecdote fragilise la défense de Sarkozy.



