Procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty : les réquisitions et un verdict reporté
La cour d'assises spéciale de Paris examine actuellement le rôle de quatre hommes dans l'assassinat du professeur Samuel Paty, un crime qui avait profondément choqué la France entière. Les avocates générales ont pris leurs réquisitions ce vendredi 27 février contre ces quatre individus jugés en appel pour leur implication dans ce drame.
Un crime qui a marqué la nation
Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a été décapité le 16 octobre 2020 par Abdoullakh Anzorov, un islamiste radical de 18 ans d'origine tchétchène. L'enseignant avait montré des caricatures du Prophète Mahomet dans son cours sur la liberté d'expression, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines. Le djihadiste a été abattu par la police après avoir commis son crime.
Initialement prévu pour ce vendredi, le verdict a finalement été reporté à lundi, au terme de cinq semaines d'audience particulièrement houleuse et éprouvante pour la famille de la victime.
Les quatre accusés et leurs rôles
Deux des prévenus sont jugés pour avoir orchestré la campagne de haine en ligne contre Samuel Paty :
- Brahim Chnina, 54 ans, parent d'élève, qui a exprimé sa "honte" et ses regrets durant le procès
- Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, militant islamiste aguerri, qui s'est présenté comme défenseur des droits des musulmans
En première instance, ils avaient été respectivement condamnés à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.
Les deux autres accusés, Naïm Boudaoud (24 ans) et Azim Epsirkhanov (25 ans), proches d'Anzorov originaires d'Évreux, répondent de complicité d'assassinat. Condamnés à seize ans de réclusion en 2024, ils affirment ne pas avoir eu conscience de la dérive djihadiste de leur ami ni du crime qu'il préparait.
Des débats particulièrement éprouvants
Les audiences ont été marquées par de nombreux incidents et contentieux soulevés par la défense. Fait rarissime, deux magistrates assesseures ont été écartées de la cour après que la défense a mis en doute leur impartialité.
Les variations dans les deux auditions successives du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez ont également occupé plusieurs jours la cour. Le ministre a pris l'initiative inhabituelle d'écrire directement à la présidente de la cour pour préciser sa conviction de la culpabilité de Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui.
Contexte tendu des faits
Au moment des événements, le contexte était particulièrement tendu :
- Al-Qaïda venait de menacer à nouveau la France après la republication des caricatures par Charlie Hebdo
- Le 25 septembre 2020, deux personnes avaient été blessées lors d'une attaque djihadiste devant les anciens locaux parisiens de l'hebdomadaire
La défense de Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui s'est appuyée sur l'argument qu'ils n'avaient ni conscience du crime à venir ni intention qu'il advienne. Selon leurs avocats, une confirmation de la condamnation marquerait une vision trop extensive de l'incrimination d'association de malfaiteurs terroriste.
L'accusation et les parties civiles, quant à elles, maintiennent la ligne du verdict de première instance, estimant que les deux hommes avaient lancé une "véritable fatwa numérique" contre Samuel Paty en sachant que cette campagne pouvait conduire à des réactions violentes de la part d'individus radicalisés.
Le verdict, attendu lundi, clôturera un procès qui a ravivé les débats sur la liberté d'expression, la laïcité et la lutte contre le terrorisme en France.



