Procès Elisa Pilarski : tensions et contradictions lors de l'audience de Christophe Ellul
Procès Elisa Pilarski : tensions lors de l'audience

Une audience sous tension dans le procès de la mort d'Elisa Pilarski

Ce mercredi matin, l'atmosphère était électrique dans la salle d'audience. Christophe Ellul, toujours vêtu de noir avec une discrète bordure blanche au col de sa chemise, a été rappelé à la barre dès l'ouverture des débats. La présidente Armelle Radiguet l'a interrogé sur le rapport de l'expert Lesvesques concernant les chiens de la vénerie.

Les chiens de chasse au centre des interrogations

Le rapport d'expertise indique que les chiens de la chasse à courre ont pu se trouver à proximité du corps d'Elisa Pilarski entre 14h15 et 14h30. Cependant, au moment présumé de l'attaque, ils se trouvaient encore dans le camion ou en sortaient à peine, à plusieurs centaines de mètres du lieu où la jeune femme a été découverte. Christophe Ellul avait initialement accusé les chiens de chasse d'être responsables de la mort de sa compagne.

« Je ne veux accuser personne. Je n'étais pas sur place », a déclaré Ellul d'une voix nasillarde et monocorde. Il a pourtant décrit avoir vu des chiens de meute ce jour-là : « Ce n'étaient pas des chiens errants. Les premiers que j'ai croisés étaient seuls, un peu plus haut, plus blancs que ceux que j'ai vus près du corps d'Elisa. »

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Contradictions et témoignages divergents

La présidente a insisté sur la nécessité d'établir une chronologie précise des événements. Elle a rappelé qu'il était « admis que des chiens sont passés autour du prévenu et du corps pour aller le renifler ». Christophe Ellul est apparu confus dans ses réponses : « J'ai dit que j'avais vu des chiens de chasse. Mais je ne pense pas avoir accusé les chiens de chasse. C'est resté dans ma tête parce qu'ils étaient là. »

Les témoignages des chasseurs ont ajouté à la complexité du dossier. Six d'entre eux ont déclaré dans le rapport d'expertise avoir vu un homme en jaune fluo, paniqué, qui les aurait prévenus que son chien était « dangereux » et « agressif ». Christophe Ellul a catégoriquement rejeté ces déclarations : « Je leur ai juste demandé s'ils avaient vu une femme et un chien noir. Je n'ai jamais dit que mon chien était méchant. C'est inventé par le Rallye La Passion. »

Le comportement des chiens en question

Un assesseur a interrogé Ellul sur le comportement des chiens de chasse ce jour-là. « Je ne peux pas vous dire. J'ignorais qu'il y avait une chasse à courre. Mais je crois qu'ils étaient calmes », a répondu le prévenu avec hésitation. Concernant son propre chien Curtis, sa voix a légèrement changé : « Il était couché. Il ne bougeait pas. Je l'appelais. Il ne venait pas. Ce n'était pas un comportement habituel. »

Me Sophia Albert-Salero, avocate de l'association Les Amis de Sam, a poussé plus loin : Curtis aurait-il pu réagir à la présence de la meute pour protéger Elisa ? « Je ne sais pas comment il aurait pu réagir puisque cette situation ne s'est jamais produite », a répondu Ellul, dans une réponse circulaire caractéristique de ce dossier où ni Curtis ni les chiens de chasse ne portaient de traces de sang.

La polémique sur les expertises canines

Me Demarcq, avocat de la société de chasse, a pris la parole, cristallisant immédiatement le débat sur les expertises et leur asymétrie présumée. Christophe Ellul s'en est plaint ouvertement : « J'aurais voulu qu'on ne refuse pas les demandes de mon avocat. Curtis a fait toutes les expertises possibles. Ce n'est pas le cas pour les chiens de chasse. »

Les voix se sont élevées dans un désaccord frontal. Ellul a posé une question cruciale : « Pourquoi les chiens de chasse ont-ils tous été réunis et mélangés directement après ? » Il exprimait ainsi le sentiment tenace d'une enquête à géométrie variable.

Une confrontation avec l'oncle de la victime

L'oncle d'Elisa, Vincent Labastarde, a demandé à interroger le prévenu, ce que la présidente a autorisé. Ce qui a suivi n'était pas un simple échange mais une véritable confrontation. « Je te le jure que c'est le dernier appel, Vincent », a lancé Ellul, faisant référence à l'appel reçu de sa compagne ce jour-là où elle aurait signalé avoir été mordue par des chiens.

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Vincent n'était pas convaincu : « Pourquoi tu n'as pas appelé les secours ? » Ellul a retourné la question : « Pourquoi elle ne t'a pas appelé, toi ? » « J'étais au Portugal », a répondu Vincent. « Voilà pourquoi elle m'a appelé », a conclu Ellul.

Entre les deux hommes, au-delà du drame, se dessinaient des tensions plus anciennes, des secrets de famille et des inimitiés qui précédaient les événements de la forêt de Retz. Christophe Ellul l'a reconnu lui-même : il ne voulait pas déballer certaines choses qui n'avaient rien à faire dans ce tribunal.

Un jugement mis en délibéré

En marge de ces échanges tendus, la présidente a confirmé que le jugement serait mis en délibéré. La décision ne sera pas connue à l'issue de l'audience et il faudra attendre plusieurs semaines. « Le tribunal va prendre le temps de réfléchir à la décision qu'il rendra », a-t-elle annoncé.

À la fin de l'audience, Vincent Labastarde s'est exprimé face aux médias, déplorant qu'on parle davantage de Curtis que d'Elisa. Il a décrit un homme qui « tourne autour du pot » et a ajouté avec amertume : « C'est dommage. Il aurait pu être franc dès le début. C'était un accident. »

Christophe Ellul, quant à lui, répète qu'il veut la vérité. Mais le sentiment dominant, depuis le début de ce procès, reste celui de tourner en rond dans une nébuleuse de contradictions et d'incertitudes, où les expertises sont à la fois le cœur du dossier et son point de rupture.