Procès DZ Mafia : L'homonyme Driss Oualane témoigne contre Amine Oualane dans une audience tendue
Procès DZ Mafia : Driss Oualane témoigne contre son homonyme Amine

Procès DZ Mafia : L'homonyme Driss Oualane témoigne contre Amine Oualane dans une audience tendue

Oualane contre Oualane. Ils partagent le même nom de famille mais aucun lien de parenté. Chacun campe sur ses positions, l'un dans le box des accusés, l'autre en visioconférence depuis un lieu gardé secret, ce témoin déposant derrière un paravent en raison de mesures de protection. On connaît son nom, Driss Oualane, mais personne ne verra son visage. En revanche, Amine Oualane, suspecté d'être une des têtes de la DZ Mafia, fait son retour à l'audience ce mardi 31 mars, après avoir boycotté le procès depuis la fin de la semaine précédente, comme les quatre autres accusés, pour contester le déroulé des débats décidé par la présidente suite à la défection d'une enquêtrice.

Un témoignage crucial dans une affaire de double meurtre

L'homme de 31 ans, surnommé « Mamine » dans le milieu du crime organisé, ne voulait pas manquer cette journée cruciale dans le procès du double meurtre en bande organisé commis le 30 août 2019, qui a coûté la vie à un trafiquant de stupéfiants de poids, Farid Tir, et à son ami Mohamed Bendjaghlouli, victime collatérale. Cette journée à enjeux, c'est celle de l'audition de l'homonyme de l'accusé. Ex-trafiquant de drogue « indépendant », comme il se définit, sans profession, Driss Oualane est celui qui appelle la police le lendemain de la double mise à mort, anonymement dans un premier temps.

Ce qu'il veut dire ? Que selon lui, c'est Karim Harrat – alors patron de la Paternelle et de plusieurs autres points de deal de Marseille – qui a commandité l'exécution de Farid Tir. Et que ce serait Gabriel Ory – lui aussi suspecté d'être devenu à postériori un cadre de la DZ Mafia – qui aurait « trahi » Farid Tir en rendant compte de ses faits et gestes au groupe criminel pour que l'homicide puisse avoir lieu. Dans ce même coup de fil, Driss Oualane affirme que c'est un certain « Mamine » qui a recruté Gabriel Ory.

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Un SMS troublant et des déclarations explosives

« Je sais clairement ce qui s'est passé, lance le témoin en préambule face à la cour ce matin. Ils ont tué Farid et ils ont essayé de me faire porter le chapeau. Avec des gens qui n'ont pas de morale, je n'ai plus de morale avec eux. […] Œil pour œil, dent pour dent. » Le témoin affirme avoir averti la police pour « venger » Farid Tir, qu'il présente comme un ami très proche, un ami « qui était comme mon sang », dit-il à l'audience, avec lequel il était « comme les deux doigts de la main ».

Mais très vite, ses propos sont remis en cause par l'avocate d'Amine Oualane, Me Inès Medioune, qui engage un bras de fer avec lui. S'il était si proche de Farid Tir, pourquoi sa famille ne le cite pas comme faisant partie de ses amis, voire ne le connaît même pas ? Pourquoi rien en procédure ne montre cette proximité ? « Vous essayez de me décrédibiliser mais je m'en fous de vos questions », rétorque l'intéressé dans un échange tendu avec l'avocate.

Des incohérences et des doutes soulevés par la défense

Pourquoi avoir envoyé à 4h44 du matin, une heure avant l'assassinat, un SMS à Farid Tir lui demandant s'il dormait, si ce n'est pour s'assurer que l'homicide pouvait être commis sans qu'il puisse s'y opposer ? Pourquoi ses versions divergent-elles quand il est question de savoir comment Driss Oualane a appris que Farid Tir avait été tué ? Sur quels éléments se base-t-il pour affirmer que c'est Amine Oualane qui aurait mis en relation Gabriel Ory avec Farid Tir ? Pourquoi dire un jour que c'est la sœur de la victime qui lui en a parlé puis son frère, alors que ce même frère conteste ? « Vos propos ne sont étayés par aucun élément objectif pour Amine Oualane », assène l'avocate. « J'en suis sûr à 2 000 % », rétorque le témoin. « Sur quoi appuyez-vous votre conviction ? », rebondit-elle. « Y a pas d'éléments. Je sais que j'ai pas tué mon ami. »

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L'avocate sème le trouble et accuse le témoin

Driss Oualane s'étant retranché derrière le fait qu'il ne connaissait pas le code d'entrée de la chambre des victimes, et que par conséquent, il ne pouvait pas faire partie du groupe criminel, l'avocate sème le doute sur ce point, à l'appui de photographies prises la veille au soir des faits. Elle pousse dans ses retranchements ce témoin qui répond à plusieurs reprises que sa mémoire lui fait défaut, qu'il n'est « pas une encyclopédie », qu'il « sait » des choses, qu'il a des « convictions » mais qu'il n'a pas de preuves ou qu'il ne peut pas donner ses sources.

L'avocate le considère « en réalité, confie-t-elle à la presse à la suspension d'audience, comme celui qui est derrière ce double assassinat ». En tant que commanditaire ? En tant que tueur ? Le conseil d'Amine Oualane se borne à souligner que Driss Oualane « n'est pas du tout étranger à cette affaire […], il est extrêmement suspect. À mon sens, le coupable n'est pas dans le box aujourd'hui, et il a été entendu comme témoin, ce qui est particulièrement dramatique ».

Un « code d'honneur » et des thèses divergentes

Elle vise directement une enquête préliminaire qui aurait évacué beaucoup trop vite à ses yeux la possible implication de Driss Oualane dans les homicides. Elle vise par là même l'enquêtrice de police qui a fait faux bond à la cour la semaine dernière au milieu de son audition, alors qu'elle était bousculée par les avocats de la défense. « Vous vous en fichez de mes questions parce que vous vous sentez protégé, lance l'avocate à Driss Oualane. C'est pour ça ! Mes questions vous mettent directement en accusation. Et elles auraient dû vous être posées dès l'enquête de flagrance. » Driss Oualane martèle qu'il n'est pas un « indic », pas un repenti, qu'il « ne marche pas avec la police […] J'ai mon code d'honneur de la rue ».

La thèse de l'avocate d'Amine Oualane, c'est que le mobile pourrait être un carottage. Driss Oualane aurait voulu voler une cargaison de drogue que Farid Tir venait de remonter d'Espagne. Le témoin, lui, maintient depuis les faits que la victime a été tuée sur la volonté de deux narcotrafiquants, Karim Harrat et Mohamed Seghier, du clan de Marignane, pour la somme de 300 000 euros. Le premier parce que Farid Tir a voulu lui prendre un point de deal quelques années auparavant. Le second parce qu'il considérait que Farid Tir avait tué son frère en 2011. L'accusation de son côté considère que la version de Driss Oualane est étayée par des écoutes et des retranscriptions d'échanges effectués sur une messagerie cryptée.

« Longue vie à toi ! », assène Amine Oualane au témoin depuis son box à la fin de l'audition dans laquelle il n'est pas intervenu. Invité par la présidente à réagir ensuite, l'accusé lâche : « C'est un fou furieux qui ne raconte que des conneries. C'est un malade mental et on sait pourquoi il fait tout ça, il se dédouane en faisant ça. »