Procès historique à Bordeaux : l'ancien patron anti-stups jugé pour avoir aidé son indic dans un trafic de cannabis
Procès de l'ex-patron anti-stups pour trafic de cannabis

Un procès exceptionnel s'ouvre à Bordeaux

Le procès de l'ancien patron de la lutte anti-stups, François Thierry, poursuivi pour avoir aidé son principal indicateur dans un vaste trafic de cannabis, débute ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Pendant un mois, dix-huit prévenus vont devoir s'expliquer sur un trafic portant sur près de quinze tonnes de résine de cannabis, mettant en lumière les relations complexes entre policiers et informateurs dans le milieu des stupéfiants.

Les saisies spectaculaires d'octobre 2015

Paris, 17 octobre 2015. Des fonctionnaires des douanes ouvrent trois fourgons stationnés depuis plusieurs heures dans le quartier du 16e arrondissement. À l'intérieur, ils découvrent 212 valises remplies de cannabis, pour un poids total de 7,10 tonnes. Cette saisie exceptionnelle intervient après une autre opération réussie la veille sur l'autoroute A11 à Ancenis, où 1,9 tonne de cannabis avait été interceptée. Quelques jours plus tard, en Belgique, les douanes de Mons arrêtent un camion conduit par un Français d'Aulnay-sous-Bois contenant 6,19 tonnes supplémentaires de résine.

La chute d'un indic de luxe

Ces saisies douanières vont précipiter la chute de Sofiane Hambli, qui passe brutalement du statut d'indic de luxe à celui de cible prioritaire pour la justice. Quelques heures après les interpellations, dans un café place de la République, le commissaire divisionnaire François Thierry, alors patron de l'Ocrtis (office central anti-stups de la police judiciaire), rencontre pour la dernière fois ce trafiquant de haut vol. Il lui rend son téléphone crypté, marquant la fin d'une longue collaboration et le début de l'un des plus gros scandales de la lutte anti-stups.

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La doctrine Myrmidon en question

Les trois saisies d'octobre 2015 proviennent en réalité de la même livraison, intégrée dans la doctrine Myrmidon mise en place par François Thierry avec l'aval des autorités judiciaires. Ce dispositif controversé consiste à laisser entrer des cargaisons de drogue sur le territoire français pour les suivre le plus longtemps possible, dans le but de démanteler des filières entières. Une méthode qui accorde une place prépondérante aux indicateurs, recrutés selon la doctrine parmi les logisticiens du trafic.

François Thierry excellait dans la gestion des « tontons », le surnom donné aux informateurs privilégiés. Sofiane Hambli était considéré comme sa source en or, un délinquant de Mulhouse ayant déjà permis de belles affaires policières.

Une surveillance qui se relâche mystérieusement

La livraison surveillée, partie de Tanger le 6 octobre 2015, s'annonçait comme la plus importante jamais réalisée. Après être arrivée à Barcelone dissimulée dans des plats à tajine, la cargaison est suivie par les policiers français jusqu'à Vénissieux, près de Lyon. C'est à ce moment que, sur ordre de François Thierry, la surveillance est allégée. La drogue repart alors vers un entrepôt d'Aulnay-sous-Bois où elle sera divisée en plusieurs lots, certains étant interceptés in extremis par les douanes.

Pour les juges d'instruction, Sofiane Hambli a habilement profité de son statut d'informateur pour organiser son trafic parallèle, important pour son compte des tonnes de drogue à l'abri des livraisons surveillées. Loin de l'image du « petit logisticien » présenté par François Thierry aux autorités judiciaires, Hambli aurait eu les mains libres pour mener ses activités illicites.

Des justifications qui ne convainquent pas

Le commissaire divisionnaire a tenté de justifier ces largesses par une opération d'infiltration ambitieuse visant un autre gros bonnet du trafic de stupéfiants. Selon sa version, les livraisons d'Hambli devaient permettre à l'indic d'établir des contacts avec cette filière concurrente. Problème majeur : la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lyon, censée superviser cette opération, n'avait jamais été informée des livraisons surveillées de février et octobre 2015.

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Les juges d'instruction ont estimé que le déroulement de cette opération menée hors cadre a permis à Sofiane Hambli d'agir à sa guise, traduisant selon eux la volonté de François Thierry d'aider son indic à acheminer et livrer la drogue à ses clients.

Un mois d'audience pour trancher

Le parquet de Bordeaux avait initialement requis un non-lieu pour François Thierry, estimant que rien ne démontrait qu'il avait « intentionnellement » cherché à favoriser le trafic de son indic. Mais les juges d'instruction ont décidé de le renvoyer devant le tribunal correctionnel, contre l'avis du ministère public.

Dans leur ordonnance, les magistrats reconnaissent que les motivations de François Thierry, qui n'a tiré aucun enrichissement personnel de ces opérations, restent mystérieuses. Se serait-il agi d'accorder une faveur à une « source en or » ? Le tribunal dispose désormais d'un mois d'audience pour se faire son opinion et déterminer si l'ancien patron de la lutte anti-stups a délibérément facilité les manœuvres de son indic dans ce trafic de près de quinze tonnes de cannabis.