Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi un gardien de la paix à un an de prison avec sursis pour des violences aggravées sur deux mineurs, plus de six ans après les révélations du journaliste infiltré Valentin Gendrot. Les faits se sont déroulés en avril 2019 dans un commissariat de l'est parisien.
Des violences sur deux frères en 2019
Le policier, âgé de 38 ans, était jugé pour des violences commises sur deux frères. Selon la présidente du tribunal, les « petites claques humiliantes » données au cadet lors d'un contrôle ont déclenché la colère du grand frère, qui a été interpellé pour s'être interposé. La procureure a décrit des coups reçus « enfermé entre quatre murs » dans la voiture, puis un nouveau coup à l'arrivée au commissariat, laissant « un oeuf sur le visage du garçon ».
Le fonctionnaire, désormais pilote de drone à la préfecture de police de Paris, a refusé de se remettre en question, affirmant : « C'est de l'action-réaction, c'était proportionné ». Il a également déclaré : « Je ne suis pas sur un ring de boxe, si une personne ne veut pas se faire interpeller, on s'y met à quatre, cinq ».
Un procès-verbal qualifié de « faux »
Les violences n'ont pas été rapportées dans le procès-verbal d'intervention, que le journaliste Valentin Gendrot a qualifié de « faux », ayant assisté à sa rédaction. Après l'interpellation, le gardien de la paix avait déposé plainte pour outrage et menaces aggravées contre l'aîné des deux frères. Le jeune homme a reconnu avoir injurié le policier, en réponse aux insultes et aux coups reçus, selon sa déposition lue au tribunal.
Plusieurs épisodes de violences racontés dans le livre « Flic », paru en 2020, n'ont pas pu être corroborés par l'enquête « faute d'identification » des personnes concernées, souvent des migrants. La présidente a toutefois rappelé au policier une pratique reconnue : « Embarquer quelqu'un » puis « le relâcher » au milieu de nulle part pour « lui donner une leçon », en référence à la scène d'ouverture du livre.
Le journaliste regrette de ne pas avoir été entendu
Valentin Gendrot, présent dans la salle d'audience, a déclaré à l'AFP : « J'ai appris par hasard la tenue de cette audience. Malheureusement, jamais la parole ne m'aura été donnée. Je le regrette. » Il a ajouté : « En résumé, même quand il y a des preuves d'une bavure policière - enregistrements, témoignages circonstanciés... - la justice fait tout pour éviter la sanction pourtant prévue la loi ».
La mère des deux frères, absents de l'audience car ils ne souhaitaient pas se replonger dans cette histoire, a déclaré : « Tout ce que je veux, c'est que les enfants soient protégés par la police ». Le policier, né de parents chinois et « engagé dans la police pour remercier le pays », a expliqué ne plus vouloir travailler sur le terrain après être passé pour une « crapule » dans cette affaire. Interrogé sur une éventuelle remise en question, il a répondu : « Absolument pas, mais il y a une différence entre se faire critiquer et se faire planter dans le dos », en référence au journaliste infiltré. Le condamné n'a pas souhaité s'adresser à Valentin Gendrot, répondant « Rien à dire » à la question d'une juge.