16 familles portent plainte contre TikTok pour "abus de faiblesse"
Plainte de 16 familles contre TikTok pour abus de faiblesse

Seize familles ont saisi la justice ce lundi 11 mai 2026 pour demander l’élargissement de l’enquête visant TikTok à Paris. Elles accusent le réseau social d’exposer des adolescents à des contenus liés au suicide, à l’automutilation ou aux troubles alimentaires afin de les maintenir captifs sur la plateforme grâce à son algorithme.

Une plainte pour "abus de faiblesse"

Les seize familles ont demandé lundi que l’enquête à Paris sur TikTok soit étendue, a appris l’AFP de source proche du dossier. Elles accusent le réseau social d’instrumentaliser "la vulnérabilité des mineurs" en les rendant addicts à des "contenus morbides" pour "maximiser leur temps" sur sa plateforme. Leur plainte, révélée par franceinfo, veut dénoncer les "prisons mentales" fabriquées par "la machine TikTok", a confirmé auprès de l’AFP leur avocate, Laure Boutron-Marmion.

Des témoignages poignants

"Ce matin encore, j’ai reçu une alerte d’un père. Sa fille, hospitalisée, a déclaré avoir visionné des vidéos TikTok pour savoir comment se pendre", a déploré Me Boutron-Marmion. Selon cette avocate spécialisée, la plateforme chinoise use d’un "mélange du défilement en continu et de recommandations hautement personnalisées" qui "enferme psychologiquement les mineurs dans une spirale de mal-être".

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"En tant que maman, je voyais la mort planer au-dessus de ma fille, c’était insoutenable", confie à franceinfo Christelle, mère d’une adolescente de 15 ans atteinte de sévères troubles alimentaires. Au départ récréatif, le réseau social TikTok est peu à peu devenu une véritable "addiction" pour sa fille. L’adolescente, qui consultait des vidéos faisant l’apologie de l’anorexie, s’est vue proposer de plus en plus de contenus similaires par l’algorithme de la plateforme. Au point de perdre elle-même du poids, jusqu’à être hospitalisée pour une anorexie sévère.

Une procédure en cours

Une procédure civile est en cours à Créteil, tandis que des investigations pénales ont été lancées à Paris depuis un signalement du député Arthur Delaporte, à l’issue d’une commission d’enquête. Cette commission avait conclu que la plateforme proposait un "océan de contenus néfastes", de la violence "sous toutes ses formes", selon sa rapporteure Laure Miller (EPR). Depuis l’automne 2025, le parquet de Paris enquête notamment pour propagande de moyens de se donner la mort.

Des adolescents "englués"

Avec leur plainte, "les seize familles souhaitent venir compléter les investigations", en mettant "l’accent sur le délit pénal d’abus de faiblesse non visé encore dans l’enquête", écrivent-elles dans un communiqué du collectif Algos Victima. "Ce sont des adolescents confrontés à des contenus morbides, sans les avoir cherchés, et qui se retrouvent englués devant une apologie de la scarification, du suicide", affirme Me Boutron-Marmion. "Les parents ne peuvent pas agir seuls face à cette machine. Nombre de familles avaient mis à leur échelle un contrôle ou un accompagnement, mais il suffit de moins d’une heure de scrolling morbide par jour pour voir son état de santé se dégrader". "Au nom du profit, on est en train de sacrifier toute une génération, avec des adolescents en détresse émotionnelle", a encore alerté l’avocate.

La position de TikTok

TikTok a, à plusieurs reprises, rejeté ces allégations et assure disposer d’outils de modération de ses contenus pour les plus jeunes. "TikTok fait dans le vernis", a fustigé Me Boutron-Marmion. "Rien n’est fait pour modifier les fonctionnements de leurs paramètres", a-t-elle avancé. Lundi, la plateforme n’avait pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP. La première plainte en Europe visant TikTok pour provocation au suicide remonte à septembre 2023.

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