L'affaire Myrmidon : la doctrine controversée qui a conduit à la dissolution de l'Ocrtis
Myrmidon : la doctrine qui a fait tomber l'Ocrtis

La légende et la chute de l'Ocrtis à travers les opérations Myrmidon

Les opérations « Myrmidon » ont marqué l'histoire de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), forgeant sa réputation tout en semant les graines de sa dissolution. Fondées sur une doctrine audacieuse, ces enquêtes ont mis en lumière les tensions internes au sein des forces de l'ordre et les limites de la politique du chiffre.

Une doctrine risquée validée par les plus hautes autorités

En 2010, le commissaire François Thierry a exposé une stratégie qui allait devenir emblématique : laisser entrer des livraisons de stupéfiants sur le territoire, les surveiller grâce à des indicateurs impliqués dans la logistique, et remonter les filières. Cette approche, présentée et approuvée par les instances policières et judiciaires supérieures, reposait sur le recours à des informateurs crédibles, nécessitant parfois une certaine tolérance face à leurs infractions.

Le pilier de cette méthode était Sofiane Hambli, un trafiquant recruté en 2009 alors qu'il était incarcéré en Espagne. Défendu par une avocate qui deviendrait plus tard l'épouse de François Thierry, Hambli s'est révélé être une source en or, contribuant à des saisies records :

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  • 60 tonnes de cannabis
  • 1,4 tonne de cocaïne
  • L'élucidation d'une douzaine de règlements de comptes
  • L'interpellation d'une centaine de trafiquants

Les rivalités et les soupçons qui ont ébranlé l'unité

Dans le milieu concurrentiel de la lutte anti-drogue, les succès de l'Ocrtis ont suscité des jalousies et des interrogations. Les photos de François Thierry entouré de saisies impressionnantes ont fait grincer des dents, tandis que les policiers espagnols s'étonnaient des quantités astronomiques laissées passer, allant jusqu'à baliser discrètement certains camions.

À Paris, la brigade des stups, soutenue par un autre indicateur, envisageait de cibler Sofiane Hambli, mais François Thierry a fermement défendu son informateur, accusant ses collègues de régler des comptes. Parallèlement, la douane, qui disposait apparemment d'un autre informateur dans le réseau Hambli, a omis de signaler ces activités dans les fichiers partagés, exacerbant les conflits entre services.

Les révélations judiciaires et la fin de l'Ocrtis

François Thierry a été soupçonné de manquer de transparence envers l'autorité judiciaire, communiquant minimalement sur ses opérations. Le procureur de Paris, François Molins, a affirmé avoir été stupéfait d'apprendre par la douane que l'informateur n'était pas un petit logisticien, mais un trafiquant majeur.

L'affaire a éclaté publiquement lors du procès de François Thierry en 2024 à la cour d'assises de Lyon, où il a dû répondre de faux en écritures pour avoir organisé une fausse garde à vue en 2012 afin de rencontrer Hambli dans un hôtel. Deux magistrates du parquet de Paris, ayant validé cette extraction, ont évité de justesse une comparution. Bien que le commissaire ait été acquitté, les polémiques ont conduit à la dissolution de l'Ocrtis en 2017, remplacé par l'Ofast.

Cette saga illustre les dilemmes éthiques et opérationnels dans la lutte contre le trafic de drogue, où la recherche de résultats spectaculaires peut compromettre l'intégrité des institutions.

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