Militante écologiste privée d’emploi au Festival de Cannes par une loi antiterroriste
Militante écologiste privée d’emploi au Festival de Cannes

Une militante écologiste privée de travail au Festival de Cannes par le ministère de l’Intérieur conteste devant le tribunal administratif de Lyon un usage qu’elle juge « liberticide » d’une loi antiterroriste de 2016, a annoncé lundi son avocat. Quelques jours avant l’édition 2025 de Cannes, l’employeur de cette Lyonnaise s’était vu refuser son accréditation en vertu de cette loi qui autorise l’État, pour les « grands événements », à passer le nom des salariés et bénévoles au crible d’une quinzaine de fichiers de police, explique à l’AFP Me Thibault Laforcade.

Un fichage sans motif apparent

Aucun motif n’a été fourni, mais elle a pu être « fichée » pour avoir participé à des manifestations écologistes, sans avoir jamais été impliquée dans la moindre violence, assure-t-il. Cinq syndicats d’artistes, dénonçant un « ciblage politique », se sont joints à une Question prioritaire de Constitutionnalité (QPC) déposée lundi par l’avocat devant le tribunal administratif de Lyon.

Requête pour « excès de pouvoir »

En octobre 2025, Me Laforcade avait introduit une requête pour excès de pouvoir mais le tribunal administratif n’a pas encore jugé. De sorte que sa cliente n’a pas pu solliciter un nouveau CDD pour l’édition 2026 qui démarre mardi à Cannes. D’où sa QPC demandant au Conseil constitutionnel de se prononcer sur ce « criblage automatisé liberticide » qui « contrevient non seulement au droit constitutionnel de travailler mais aussi à la liberté d’opinion et au principe d’égalité devant la loi ».

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« Je suis tombée des nues, je collaborais depuis des années avec cet employeur au Festival de Cannes, je ne pensais pas que mon militantisme me conduirait à perdre un emploi », s’indigne la plaignante auprès de l’AFP, sous couvert d’anonymat.

« Une discrimination politique »

« Je n’ai jamais commis la moindre violence, j’ai juste pris la parole publiquement ou été soumise à des contrôles d’identité dans des manifestations, sans aucune interpellation ou garde à vue », assure la jeune femme. Au nom de cette loi antiterroriste, durcie en 2023 pour les Jeux olympiques de Paris, le ministère de l’Intérieur avait déjà écarté 3.922 salariés ou bénévoles des JO 2024. Dont 131 fichés S et 18 pour radicalisation islamiste, mais aussi 167 fichés à l’« ultragauche », selon le ministère.

Pour les syndicats, dont Sud Culture et la CGT Spectacle, le « fichage massif » et ce « criblage » mettent « en péril la liberté d’expression et d’opinion » et soumettent le droit au travail à « une discrimination politique », « sous couvert de lutte antiterroriste ».

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