Marie Dosé révèle la brutalité cachée de la justice dans un témoignage personnel
Dans son nouvel ouvrage, La Violence faite aux autres, l'avocate Marie Dosé livre un récit poignant et sans concession sur son quart de siècle de carrière en défense pénale. Elle y dénonce avec force la violence souvent insidieuse et parfois illégitime du processus judiciaire, qui frappe tant les accusés que les victimes. Écrit « d'un trait » dans un élan de désespoir, ce livre se veut un cri d'alarme contre l'accoutumance au pire et la déshumanisation croissante de l'institution.
Des vies brisées par la machine judiciaire
Marie Dosé égrène les histoires déchirantes de ceux qu'elle a défendus. Tania, emmenée à deux ans dans un camp syrien, a vu sa mère mourir sous une tente et, rapatriée après quarante-deux demandes, ne cesse de vouloir « retourner dans le camp ». Isis, victime de viols collectifs à 15 ans, a attendu quinze mois avant l'arrestation de ses agresseurs, retardée par les Jeux olympiques. Ondine, née en prison, y est restée dix-huit mois avec sa mère et développe des troubles autistiques, hurlant dès qu'une porte se ferme. Mamadou, quant à lui, a finalement arraché « la tumeur du mensonge qui le rongeait » en avouant la vérité dans son box.
Ces récits illustrent comment la justice, manquant de moyens et de temps, broie les destins. L'avocate souligne que des milliers de personnes sont jugées en comparution immédiate après avoir « macéré dans la crasse des cellules », humiliées et rabaissées avant même leur condamnation. Elle s'interroge : pourquoi persister dans cette logique d'humiliation lors des audiences, transformant la justice en « machine à broyer » plutôt qu'en autorité impartiale ?
La violence institutionnelle et ses conséquences
Dès ses débuts, Marie Dosé a été marquée par une scène où une juge d'instruction, fermant une porte sur les cris d'une femme, a déclaré à une cliente : « J'ai le pouvoir de vous faire mal, cela s'appelle le monopole de la violence légitime. » Pour l'avocate, cette violence, exercée avec délectation, est illégitime. Elle dénonce aussi « les rictus de dégoût des magistrats », les conditions indignes de garde à vue, et le sort des enfants français prisonniers en Syrie, pour lesquels elle se bat sans relâche.
Le livre aborde également la violence faite aux victimes. Inès, mineure violée, a dû quitter son école et sa maison car la justice, faute d'effectifs, a mis quinze mois à interpeller ses agresseurs. Un policier a même justifié ce retard par les Jeux olympiques, provoquant la honte de l'avocate. De même, deux enfants, témoins du meurtre de leur mère, ont été laissés sans suivi judiciaire pendant trois ans, créant un « vide sidéral » entre le traumatisme et le procès.
Un cri contre l'accoutumance et pour l'humanité
Marie Dosé craint de s'habituer à la brutalité, notant que « tout ce qui, au début de ma carrière, me révoltait et me bouleversait en vient à glisser sur moi ». Après vingt-cinq ans, elle constate que la justice fabrique plus de violence que jamais, avec des relations défiantes entre magistrats et avocats. Pourtant, la joie et l'espérance persistent, venant des personnes défendues. Elle écrit : « cette profession nous fait encaisser quatre-vingt-dix-neuf coups pour une caresse. Mais cette caresse a une saveur que rien n'égale. »
L'ouvrage mêle ces récits à des séquences intimes sur le combat de son mari, Marc, contre le cancer. Ce n'était pas un choix délibéré, mais une nécessité, car la violence de la maladie s'est imposée dans leur vie. Marc, aussi son éditeur, l'a encouragée à publier ces fragments, voyant en eux un exutoire partagé.
<3>Un engagement inlassable pour les droits humainsMarie Dosé consacre de nombreuses pages à son action pour le rapatriement des enfants français détenus dans les camps syriens, menée depuis 2017 avec des personnalités comme Sophia Aram. Elle déplore que la France, contrairement à l'Ukraine en guerre ou à d'autres pays européens, laisse une centaine d'enfants dans ces conditions, comme pour leur « faire payer les crimes de leurs parents ». Elle estime que cette attitude révèle une lâcheté et un échec abject, condamné à plusieurs reprises par des instances internationales.
Interrogée sur sa propre mise en examen récente, l'avocate reste discrète, affirmant attendre que la justice fasse son travail. Elle souligne cependant le prix à payer dans une société où l'avocat est souvent perçu comme complice de ses clients.
La Violence faite aux autres est un plaidoyer bouleversant pour une justice plus humaine, rappelant que derrière chaque procédure, il y a des vies à jamais marquées. Sorti le 5 mars aux Éditions du Sonneur, ce livre invite à une réflexion urgente sur les dérives d'un système en crise.



