Un livre dénonce la maltraitance judiciaire des femmes victimes de violences sexuelles
Maltraitance judiciaire des victimes de violences sexuelles dénoncée

Un livre dénonce la maltraitance judiciaire des femmes victimes de violences sexuelles

Dans le domaine pénal, on parle souvent du « chiffre gris » pour désigner les victimes qui ne portent jamais plainte. Concernant les violences sexuelles, ce nombre serait particulièrement élevé. Selon les associations féministes, seulement 60 % des victimes de violences conjugales et à peine 1 % des victimes de violences sexuelles franchiraient le pas du dépôt de plainte. Si les raisons de ce silence sont multiples, une mérite une attention particulière : la manière dont l'institution judiciaire, au sens large, traite ces cas sensibles.

La justice comme source de traumatisme supplémentaire

Un ouvrage récent aborde cette question frontalement. Dans « Violences sexuelles : quand la justice maltraite », l'avocate Carine Durrieu-Diebolt développe le concept de « maltraitance judiciaire », décrivant une justice qui permettrait « le déploiement d'une violence, cette fois institutionnelle ». L'autrice s'appuie sur des cas concrets, comme celui d'une cliente affirmant que « le procès avait été presque plus traumatisant que l'agression elle-même ».

« Le traitement judiciaire des victimes de violences sexuelles au pénal est traumatique dans la répétition et la violence des débats au-delà de ce qui est utile et nécessaire à la manifestation de la vérité », écrit Me Durrieu-Diebolt. « La justice les ramène sans arrêt à leur traumatisme en le faisant revivre à travers la répétition du récit des faits, les confrontations, les expertises, les questions intrusives, suspicieuses et culpabilisantes. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le premier maillon : les instituts médico-judiciaires

Souvent, la première étape pour les victimes se déroule dans les instituts médico-judiciaires. Ces centres hospitaliers réalisent des expertises médico-légales pour documenter les blessures et établir l'incapacité de travail. « On est souvent en première ligne », explique le docteur Maxime Bouriat, responsable de l'antenne de La Rochelle. « Chez nous, tout est centré sur la victime pour essayer d'accueillir sa parole le plus sereinement possible. »

Pour éviter l'aspect froid d'une simple constatation médicale, le docteur Bouriat insiste sur l'importance de l'écoute : « On se place dans une position d'écoute, on va dans le détail, on pose des questions… Avoir cette attitude d'écoute bienveillante libère souvent la parole. »

La formation des magistrats en question

Face à ce que certains qualifient de « viol judiciaire », l'École normale de la magistrature affirme prendre le sujet très au sérieux. « Pour nous, c'est un sujet majeur que l'on prend à cœur », assure Vincent Blériot, sous-directeur des études. « Il y a une nouvelle culture qui a été amorcée par les violences intrafamiliales. Le mouvement #MeToo est vraiment un sujet rentré à l'école, qui reste à l'écoute des évolutions sociales. C'est fondamental. »

À Bordeaux, les futurs juges bénéficient désormais d'une formation spécifique aux violences intrafamiliales, passée d'une journée à quinze heures. « Mais la préoccupation est présente dans tous les enseignements », insiste Vincent Blériot. « La thématique irrigue la formation. »

Le dépôt de plainte : une épreuve pour près d'une victime sur deux

L'avocate Carine Durrieu-Diebolt rappelle une statistique édifiante : en 2021, 48 % des victimes de violences sexuelles déclaraient avoir mal vécu le dépôt de plainte et avoir été traitées en coupables. Pour améliorer cet accueil, des dispositifs concrets existent dans les commissariats.

« Nous faisons au mieux pour recueillir la parole des victimes », assure la commandante Sophie Devaux, chargée de communication au commissariat de Mont-de-Marsan. Un « tableau accueil confidentiel » (TAC) permet aux victimes de signaler discrètement leur besoin d'une prise en charge prioritaire et isolée.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Dans un commissariat en France, on n'attend pas plus de vingt minutes en moyenne », se félicite la commandante. « Si la victime ne souhaite pas s'exprimer à l'accueil, seule une question lui sera posée : les faits ont-ils eu lieu il y a moins de quarante-huit heures ? Si oui, on peut la prendre en charge immédiatement puisqu'on se trouve dans le cadre du flagrant délit. »

Outils numériques et formations continues

Les outils en ligne se développent également, comme la plateforme numérique de signalement des atteintes aux personnes et d'accompagnement des victimes, qui propose un tchat avec des policiers formés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Tous les policiers reçoivent désormais une formation initiale sur les violences intrafamiliales et les violences sexuelles et sexistes. La formation continue concerne également un nombre croissant de fonctionnaires : 11 000 y ont eu accès en 2025.

Des préconisations pour améliorer le système

Dans son ouvrage, Me Durrieu-Diebolt propose plusieurs pistes d'amélioration :

  • Développer des centres d'accueil pluridisciplinaires dédiés aux violences sexuelles
  • Mieux prendre en compte le traumatisme de la victime dans le processus judiciaire
  • Mettre en place des juridictions spécialisées
  • Améliorer la coordination entre les différents acteurs de la chaîne pénale
  • Renforcer la formation des professionnels sur la psychologie des victimes

Ces propositions visent à transformer un système judiciaire qui, selon l'avocate, peut parfois reproduire la violence qu'il est censé sanctionner, en un véritable outil de protection et de reconstruction pour les victimes.