Le 17 juin 2025, la Cour de cassation se penche sur le pourvoi de Marine Le Pen, condamnée en première instance pour détournement de fonds publics européens. Cette décision pourrait avoir des répercussions majeures sur sa carrière politique.
Condamnation en première instance
En novembre 2024, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, et à une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire. Cette dernière signifie qu'elle ne peut pas se présenter à une élection, même en cas d'appel. La peine a été prononcée pour avoir utilisé des fonds du Parlement européen pour rémunérer des assistants parlementaires qui travaillaient en réalité pour le parti.
Que demande Marine Le Pen à la Cour de cassation ?
Le pourvoi de Marine Le Pen conteste la légalité de l'exécution provisoire de la peine d'inéligibilité. Selon son avocat, Me François Bay, « l'exécution provisoire est une exception qui doit être justifiée par des motifs graves, ce qui n'est pas le cas ici ». La défense soutient que cette mesure porte atteinte à la présomption d'innocence et à la liberté de se présenter aux élections.
Quels sont les enjeux juridiques ?
La Cour de cassation doit déterminer si la peine d'inéligibilité avec exécution provisoire est conforme au droit. Si elle annule cette disposition, Marine Le Pen pourrait se présenter à l'élection présidentielle de 2027, même si sa condamnation au fond reste en suspens. Selon une source judiciaire, « la question est délicate car elle touche à l'équilibre entre la lutte contre la fraude et les droits de la défense ».
Quel est le calendrier ?
La décision de la Cour de cassation est attendue dans les semaines suivant l'audience du 17 juin. Si le pourvoi est rejeté, Marine Le Pen pourrait saisir la Cour européenne des droits de l'homme. Dans le cas contraire, l'affaire pourrait être renvoyée devant une cour d'appel pour un nouveau jugement.
Quelles conséquences politiques ?
Marine Le Pen est donnée favorite dans les sondages pour la présidentielle de 2027, avec 32 % des intentions de vote au premier tour selon un sondage Ifop de mai 2025. Une inéligibilité maintenue l'empêcherait de se présenter, ce qui bouleverserait le paysage politique. Jean-Luc Mélenchon a déclaré : « La justice doit être la même pour tous. Si Marine Le Pen est inéligible, elle doit l'assumer. »
Que dit la loi ?
L'article 131-26 du code pénal prévoit que la peine d'inéligibilité peut être assortie de l'exécution provisoire, notamment en cas de détournement de fonds publics. Cependant, la loi du 22 décembre 2021 a restreint cette possibilité pour les élus, exigeant une motivation spéciale du juge. Dans le cas de Marine Le Pen, le tribunal a estimé que « la gravité des faits et le risque de récidive justifient l'exécution provisoire ».
Quel est l'avis des experts ?
Plusieurs constitutionnalistes estiment que la question est complexe. Selon le professeur de droit public Jean-Philippe Derosier, « l'exécution provisoire est une arme redoutable qui peut être utilisée à des fins politiques, mais elle est légale si elle est motivée ». D'autres, comme l'avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti, rappellent que « la présomption d'innocence n'est pas absolue et peut être limitée par des impératifs d'ordre public ».



