Un Landru devant la justice vendéenne : l'avocat combat l'amalgame historique
Landru devant la justice : l'avocat combat l'amalgame historique

Un nom lourd à porter devant la cour criminelle de Vendée

Personne ne devrait être tenu pour responsable des actes de ses ancêtres. Cette évidence prend une résonance particulière lorsque, trois générations plus tard, on porte toujours le même patronyme. Maître David Potier insiste sur ce principe fondamental car l'homme qu'il défend ce mercredi 1er avril devant la cour criminelle départementale de la Vendée, à La Roche-sur-Yon, s'appelle Landru.

Une découverte progressive dans les geôles du palais de justice

Lorsqu'il a été appelé pour le représenter il y a deux ans, l'avocat alors de permanence n'avait pas immédiatement fait le rapprochement historique. « Il fallait d'abord se concentrer sur les faits, rien que les faits », raconte-t-il aujourd'hui. « Et puis, quand on s'est retrouvé le lendemain dans les geôles du palais de justice, juste avant d'être présenté au juge d'instruction, ça m'a fait “tilt”. Alors je lui ai demandé s'il y avait un lien, il m'a répondu qu'il est effectivement son arrière-petit-neveu. »

Si ce père de deux enfants était alors, selon la formule consacrée, inconnu des services de police, son patronyme renvoie directement à une épopée judiciaire française marquante. « Mais il n'a rien à voir avec lui », corrige immédiatement son défenseur, rappelant qu'Henri Désiré Landru était un authentique tueur en série quand, plus d'un siècle plus tard, Francis n'a, lui, tué personne même s'il a gravement blessé une existence.

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Deux destins radicalement différents sous un même nom

Celui qui fut guillotiné en février 1922 à Versailles pour onze meurtres avait agi par pur cynisme et vénalité. Son lointain descendant est, quant à lui, accusé de deux viols sur conjoint dans un contexte d'alcoolisme pathologique. Cette circonstance n'absout évidemment pas les actes, mais peut éclairer le mécanisme du passage à l'acte chez un homme décrit par ses anciennes compagnes et employeurs comme calme lorsqu'il ne boit pas, et n'ayant jamais suscité de remarques défavorables auparavant. « Sobre, il est bon comme le bon pain », assure son avocat.

Dans le prétoire, c'est précisément ce portrait que Maître Potier s'attachera à esquisser : celui d'un homme profondément blessé par ses agissements envers celle avec qui il avait partagé un an de vie, et qui fait aujourd'hui acte de contrition. « Il n'est pas très grand, et son regard triste m'a beaucoup touché. Il a conscience de la gravité, regrette sincèrement et ne se cherche aucune excuse », décrit l'avocat. Une attitude aux antipodes de son tristement célèbre ancêtre qui n'a jamais rien reconnu malgré les évidences accablantes.

Le combat contre les amalgames et les fatalités historiques

Voilà le défi que devra relever David Potier dans une salle d'audience où le nom Landru résonnera nécessairement de manière tragique, tel un point Godwin de la criminalité. Un combat contre les amalgames faciles et les fatalités historiques qui voudraient qu'on n'échappe pas à son destin. Son rôle consistera à démontrer qu'avoir un tel nom imprimé sur sa carte d'identité ne doit pas valoir condamnation préalable en 2026.

Certains ont pourtant déjà cédé à cet amalgame, notamment à la prison de Nantes où Francis Landru n'a reçu aucune visite, pas même de son frère et de sa sœur. En plus de lui coller à la peau depuis sa naissance il y a trente-neuf ans, c'est sur la porte de sa cellule que ce fameux patronyme s'était retrouvé affiché, lui valant des menaces de mort de la part de codétenus ignorant encore le motif de son incarcération. Maître Potier avait alors alerté l'administration pénitentiaire qui s'était contentée de « prendre note » de sa remarque. « Aucun nouvel incident ne m'a été remonté depuis », se félicite l'avocat en espérant que cette sérénité se prolongera à l'audience.

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Une procédure devant des magistrats professionnels plutôt que des jurés populaires

Comparaître devant une cour criminelle plutôt qu'une cour d'assises présente peut-être un avantage dans ce contexte particulier. Dans leurs délibérations, les magistrats professionnels s'en tiendront à la stricte application du droit, là où des jurés populaires auraient pu percevoir dans cette filiation maudite la menace d'une incurabilité. « Mon client n'a jamais songé à changer son nom, il l'assume et sait qu'un de ses arrière-grands-oncles était un tueur en série, mais c'était il y a longtemps, et les faits ne sont pas du tout les mêmes », insiste son défenseur.

Les conséquences judiciaires ne seront pas non plus identiques, et c'est heureux. Si Francis Landru encourt au minimum quinze ans de réclusion criminelle, Henri Désiré a connu un sort beaucoup plus radical. Son corps repose au cimetière des Gonards à Versailles. En deux parties distinctes, ultime rappel du châtiment qui lui fut infligé pour ses crimes.