Corrida à La Brède : la tradition locale au cœur du débat judiciaire
La Brède : la tradition locale de la corrida en question

Attaquée par deux associations anti-corrida, la ville de La Brède (Gironde) a été convoquée devant le tribunal administratif de Bordeaux ce mardi 12 mai. L’absence d’édition en 2025 est au cœur des débats, dans ce dossier dont la légalité repose entièrement sur le principe de « tradition locale ininterrompue ». Certains parlent d’interruption, d’autres préfèrent le terme de suspension. Certains invoquent aussi Pérols, quand d’autres citent volontiers Bouillargues. En matière de corrida, mieux vaut choisir soigneusement ses mots.

Une tradition contestée

Mardi 12 mai, c’est bien de la corrida de La Brède dont il était question devant le tribunal administratif de Bordeaux. Et plus précisément de son interruption – ou de sa suspension, donc – en 2025, après près de trente ans de spectacles taurins dans la ville de Montesquieu. Interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, les corridas bénéficient d’une dérogation dans certains territoires, à condition de relever d’une « tradition locale ininterrompue ». La formule est au cœur d’une jurisprudence taurine toujours disputée entre aficionados et opposants.

Les arguments du maire

« En 2025, le but était de suspendre la corrida pour retrouver un modèle économique », défend le maire de La Brède, Michel Dufranc. Ancien bâtonnier et habitué de ces joutes judiciaires, il plaidait directement pour sa commune, organisatrice de la corrida. « Pour l’annuler, il faudrait démontrer que la culture est tombée en désuétude. C’est faux, complètement faux. » Face à lui, deux associations anti-corrida ont déposé des recours en référé pour tenter d’obtenir l’annulation de la course prévue le 20 juin, dans le cadre de la fête de la Rosière. En pratique, elles demandent la suspension de plusieurs délibérations municipales. Derrière, c’est bien le fond de la légitimité de la corrida brédoise qui était discutée.

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Les positions des opposants

« Il faut que la tradition soit perpétuée. Une fois qu’on s’arrête, on ne peut pas revenir en arrière comme ça », plaide Me Belaïche, avocat de l’Alliance Anticorrida. « Il y a eu une volonté politique d’interrompre cette tradition. Le spectacle n’est pas suffisamment enraciné, le public est trop rare. » Un argument partagé par Me Thouy, avocate de One Voice : « Ce qui a conduit à l’annulation en 2025, c’est aussi la charge financière supportée par la commune, et le manque de spectateurs. Il faut appliquer le droit, strictement le droit. La tradition est rompue. »

Des interprétations divergentes

Reste aussi que la jurisprudence évolue vite. Et si le combat est éminemment juridique, les interprétations divergent aussi. Les opposants citent volontiers Pérols, où le retour des corridas a été annulé en octobre 2025 par la cour administrative d’appel de Toulouse. Les défenseurs préfèrent rappeler que, le même jour, cette même cour a validé le maintien de la corrida de Bouillargues, dans le Gard.

La question de l'ancrage territorial

Seule corrida de Gironde avec Captieux, La Brède soulève aussi la question de son ancrage territorial. Où commence, où s’arrête l’aire culturelle taurine ? Pour Me Belaïche, qui s’appuie sur la notion « d’ensemble démographique » retenue par la Cour de cassation, la commune constitue une « anomalie géographique », relevant de l’aire urbaine de Bordeaux, exempte de spectacle taurin. D’autant que les arènes de La Brède sont démontables. « On ne peut pas réduire cela au fait qu’il n’y ait que deux arènes en Gironde », rétorque quant à lui Michel Dufranc. « Sinon, dans les Pyrénées-Atlantiques, avec Bayonne et Orthez… On ne pourrait pas parler d’aire culturelle non plus. » La décision du tribunal a été mise en délibéré.

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