Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat Jérôme Karsenti alerte sur une menace inédite pesant sur l’État de droit en France. Selon lui, « ce qui fonde notre État de droit est aujourd’hui attaqué de plein fouet par les politiques ». Il pointe du doigt des pratiques qui, selon lui, fragilisent les piliers juridiques de la démocratie.
Une offensive politique sans précédent
Karsenti, avocat au barreau de Paris, estime que les attaques contre l’État de droit ne viennent plus seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur, de la part de responsables politiques. Il cite notamment des lois adoptées à la hâte, des procédures judiciaires contournées et des déclarations publiques qui affaiblissent l’autorité de la justice. « On assiste à une banalisation de l’instrumentalisation du droit à des fins politiques », écrit-il.
L’avocat s’inquiète particulièrement de la multiplication des textes législatifs qui restreignent les libertés fondamentales, comme la loi sur la sécurité globale ou la loi séparatisme. Selon lui, ces dispositifs créent un « droit d’exception permanent » qui érode les garanties constitutionnelles.
Des exemples concrets de dérives
Karsenti prend l’exemple de l’utilisation abusive de l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer des réformes sans débat parlementaire. « Cette procédure, initialement prévue pour des situations exceptionnelles, est devenue un outil ordinaire de gouvernement », dénonce-t-il. Il rappelle que cette pratique a été utilisée à plusieurs reprises sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, notamment pour la réforme des retraites.
Autre illustration : le recours croissant aux ordonnances pour légiférer dans des domaines sensibles. « Le Parlement est de plus en plus contourné, ce qui vide de son sens le débat démocratique », ajoute l’avocat. Il estime que ces méthodes affaiblissent la séparation des pouvoirs, un principe fondamental de l’État de droit.
Un constat partagé par des juristes
Le constat de Karsenti rejoint celui de nombreux juristes et associations de défense des droits. Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publié en 2025, la France a connu une « dégradation préoccupante de l’État de droit » ces dernières années. Le rapport souligne que « la confiance des citoyens dans la justice et les institutions est en baisse constante ».
Karsenti appelle à une prise de conscience collective. « Il est urgent de réaffirmer les principes essentiels de notre État de droit, avant qu’il ne soit trop tard », conclut-il. Il invite les citoyens et les élus à résister à cette dérive autoritaire.



