Un pédocriminel présumé échappe à la justice pendant six décennies
Jacques Leveugle, aujourd'hui âgé de 79 ans, est soupçonné d'avoir commis des dizaines de viols et agressions sexuelles sur des mineurs pendant près de soixante ans, sans jamais être inquiété par les autorités. L'homme a finalement reconnu avoir eu des relations sexuelles avec de jeunes garçons, âgés de 13 à 17 ans, entre 1967 et 2022 dans divers pays à travers le monde.
La découverte macabre d'un neveu
Ce qui a mis fin à l'impunité du septuagénaire, c'est le signalement de l'un de ses proches en octobre 2023 dans l'Isère. Son neveu, qui nourrissait des soupçons concernant la "vie affective et sexuelle" de son oncle, a profité d'une randonnée pour fouiller dans ses affaires personnelles.
Il a alors découvert une clé USB contenant de nombreux fichiers compromettants : des photographies d'adolescents, mais surtout 15 tomes de "mémoires" dans lesquels Jacques Leveugle décrivait minutieusement des rapports sexuels avec des garçons mineurs. Le neveu s'est immédiatement adressé à la brigade de gendarmerie de Vizille, déclenchant une enquête approfondie.
Une enquête qui révèle l'ampleur des faits
Lors d'une conférence de presse tenue mardi, le parquet de Grenoble et la gendarmerie ont lancé un appel à témoins pour retrouver les victimes de Jacques Leveugle. "Jacques Leveugle, ce nom doit être connu pour que d'éventuelles victimes se manifestent", a déclaré Étienne Manteaux, procureur de Grenoble.
Les enquêteurs ont identifié une quarantaine de personnes à partir des écrits de l'homme, mais n'ont pas pu localiser tous les mineurs mentionnés dans ses mémoires. Placé en garde à vue, Jacques Leveugle a admis que ses écrits reflétaient la réalité, conduisant à sa mise en examen et son placement en détention provisoire pour viols et agressions sexuelles sur mineurs, notamment de moins de 15 ans.
Un "cas d'école de sérialité" international
Le colonel Serge Procédès, commandant de la section de recherches de Grenoble, a qualifié cette affaire de "cas d'école de sérialité". Ce qui est particulièrement alarmant, c'est que l'homme est passé sous les radars pendant près de soixante ans, alors même qu'il consignait méthodiquement ses crimes par écrit.
Plusieurs facteurs expliquent cette longue impunité :
- Un parcours professionnel chaotique d'intellectuel sans diplômes
- Des emplois comme enseignant ou encadrant de camps de jeunesse
- Une mobilité internationale importante
Au cours de sa vie, Jacques Leveugle a en effet résidé dans de nombreux pays :
- Suisse et Allemagne en Europe
- Algérie et Niger en Afrique
- Philippines et Inde en Asie
- Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique
- Colombie en Amérique du Sud
- Maroc où il s'était installé durablement récemment
Une emprise intellectuelle sur des victimes vulnérables
Les investigations révèlent que Jacques Leveugle ciblait spécifiquement des mineurs vulnérables, souvent "peu cultivés" et dans des situations précaires. Dans ses écrits, il décrit approcher ces jeunes garçons par une séduction intellectuelle, puis en utilisant le rire pour établir un lien.
"Un adolescent est majeur sexuellement", a-t-il même écrit dans ses mémoires, révélant une conception profondément déviante des relations avec les mineurs. Les victimes interrogées ont confirmé cette emprise intellectuelle, admettant que l'homme "a passé beaucoup de temps à leur apprendre des langues étrangères, à les éveiller à la culture".
Entendu par les enquêteurs, le mis en cause a exprimé des regrets, expliquant qu'il "n'avait pas conscience de l'ascendant moral qui pouvait s'exercer" sur ces mineurs. Cette affaire rappelle d'autres cas similaires de pédocriminels ayant agi pendant des décennies avant d'être arrêtés, comme le chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné à 20 ans de réclusion criminelle l'an dernier pour des viols sur près de 300 jeunes patients.
Les autorités continuent leurs investigations et appellent toutes les victimes potentielles à se manifester pour mettre fin définitivement à l'impunité dont a bénéficié Jacques Leveugle pendant plus d'un demi-siècle.