Procès des home-jackings dans le Gard : des aveux parcellaires et des victimes meurtries
Le deuxième jour du procès devant la cour criminelle du Gard, ce mardi 17 février, a été marqué par les explications laborieuses des deux accusés. Ces jeunes hommes, âgés de 20 et 21 ans, sont poursuivis pour une série de home-jackings violents commis entre avril et mai 2024 dans plusieurs communes du département. Leurs récits, émaillés d'incohérences et de contradictions, n'ont pas apporté la clarté attendue par les victimes et leurs avocats.
Des actes d'une violence disproportionnée pour un butin dérisoire
Les faits reprochés sont d'une particulière gravité. Les deux accusés ont ciblé des personnes âgées et vulnérables, pénétrant par effraction dans leurs domiciles. Ils les ont menacées, parfois frappées, et les ont traumatisées pour leur dérober des bijoux, de l'or et des cartes bancaires. Pourtant, selon leurs propres déclarations, ces agressions n'auraient rapporté qu'entre 500 et 1 000 euros, somme rapidement dépensée en vêtements. "On avait besoin d'argent, on était pas dans notre état normal", a tenté de justifier Manuel, évoquant une consommation régulière de stupéfiants à l'époque. Une explication qui n'a pas convaincu la présidente de la cour, rétorquant : "Je n'appelle pas ça avoir besoin d'argent".
Des versions contradictoires qui exaspèrent la cour
L'audience a rapidement tourné au dialogue de sourds. Sur des points essentiels – la nature de l'arme utilisée, le rôle précis de chacun, les coups portés aux victimes – les deux complices se sont sans cesse contredits. Cette confusion a provoqué l'agacement palpable des personnes âgées présentes dans la salle, de leurs avocats et de la magistrature. "Qu'est-ce qu'il faut ? Vous mettre dans une pièce et comptez les points entre vous jusqu'à ce que la vérité se manifeste ?", s'est impatientée la présidente. Après une insistance soutenue, un aveu minimal a fini par émerger : oui, ils ciblaient bien délibérément les personnes âgées, contredisant la thèse du "pur hasard" initialement avancée par Manuel.
Un manque d'empathie qui scandalise la partie civile
Les "demi-aveux" des accusés ont été vivement déplorés par les avocats de la partie civile. Mes Le Sagère, Cassan, Fontaine, Fages et Tournier-Barnière ont exprimé leur frustration face à ce sentiment d'inachevé. "Finalement il y a un sentiment d'inachevé", a asséné Me Laure Le Sagère. Son confrère, Me Charles Fontaine, a dénoncé un "manque d'empathie" flagrant. Si les deux jeunes hommes ont présenté à plusieurs reprises leurs excuses, la sincérité de leurs propos a été mise en doute, notamment lorsqu'ils ont nié avoir frappé certaines victimes. "Vous voulez dire qu'elles mentent peut-être ?", s'est emportée la présidente, face à leurs dénégations.
Un traumatisme profond et durable pour les victimes
Les plaidoiries des avocats des victimes ont rappelé avec force l'impact dévastateur et persistant de ces agressions. "Ce traumatisme ne s'arrête pas le jour des faits, il vient s'enkyster dans le quotidien", a insisté Me Fontaine. Me Valérie Cassan a surenchéri, déclarant : "Ils leur ont gâché la fin de vie". Ces mots résonnent avec amertume, alors que le butin des agressions apparaît dérisoire face à la violence subie et aux séquelles psychologiques durables. Les débats se sont poursuivis ce mercredi avec les plaidoiries de la défense, assurées par Mes Dounia Hamchouch et Marc Gallix, avant qu'une décision ne soit rendue en cours de journée.



