Des témoignages directs pour comprendre l'histoire
Mardi 22 avril, au collège Michel-de-Montaigne de Périgueux (Dordogne), des élèves de troisième ont participé à une rencontre unique avec des acteurs de la guerre d'Algérie (1954-1962). L'historien Jean-Jacques Jordi, l'ancien soldat français Claude Auzelle Puccini, le harki Boussad Boukerroui et Hamid Kemache, fils de harki, sont venus partager leurs expériences et leurs souvenirs de ce conflit complexe.
Une guerre asymétrique racontée par un ancien combattant
Jean-Jacques Jordi a introduit la séance en qualifiant la guerre d'Algérie de « guerre asymétrique ». Claude Auzelle Puccini, qui avait 20 ans lorsqu'il a été réquisitionné pour combattre à Tizi Ouzou en Kabylie, a décrit un conflit où « l'ennemi était invisible, c'était une guerre d'embuscade ». Interrogé par les élèves sur sa capacité à « passer à autre chose », il a répondu : « C'est difficile. Il m'a semblé que j'avais laissé quelque chose là-bas. »
Le parcours d'un harki : de berger à soldat
Boussad Boukerroui, ancien harki, a raconté son enfance de « berger qui n'a jamais été à l'école » et a expliqué avoir rejoint l'armée française parce qu'on le lui avait demandé. Son récit d'une blessure a particulièrement marqué les collégiens. Pierre, un élève, a confié : « La plaie dont il nous a parlé, c'est impressionnant. » Mathilde a souligné que ces témoignages permettent « de se sentir proche du passé ».
Un fils de harki insiste sur la mémoire
Hamid Kemache, fils de harki, a livré un message fort : « Notre avenir ne se construira que sur la connaissance du passé. » Il a également tenu à clarifier le terme « harki », souvent utilisé à tort pour désigner un traître, alors qu'il s'agit d'un « Français musulman qui a combattu dans l'armée française ».
Des enseignements complémentaires aux cours
Aurélie Ducassou, professeure d'histoire à l'origine du projet, a souligné l'importance de déconstruire les idées reçues sur ce conflit. « Durant les témoignages, les élèves sont très attentifs et réceptifs. Ils se rendent compte qu'il y a de l'émotion et des non-dits. L'objectif, c'est que ça les marque et qu'ils s'en souviennent », a-t-elle expliqué. Les collégiens ont partagé cet avis : pour Mathilde, « c'est intéressant de les écouter tant qu'ils sont encore là », tandis que Pierre a estimé qu'il « apprend mieux qu'en cours » grâce à ce type d'anecdotes.
Une initiative de l'OnacVG pour lever le tabou
Cette rencontre était organisée par l'Office national des combattants et des victimes de guerre (OnacVG). Clémence Danné, référente régionale mémoire Nouvelle-Aquitaine, a rappelé que « la guerre d'Algérie est taboue » et qu'il y a une volonté du rectorat d'enseigner ce conflit. Claude Auzelle Puccini a conclu : « C'est important de parler de nos souvenirs pour que ces jeunes ne les laissent pas tomber dans les poubelles de l'Histoire et qu'ils continuent à les transmettre. »



