Mobilisation historique des avocats grassois contre la réforme de la justice
Les avocats du barreau de Grasse, excédés par le manque d'écoute et farouchement opposés à ce qu'ils qualifient de justice criminelle au rabais, ont voté un mouvement de grève massif. Cette mobilisation, prévue du 2 au 13 avril 2026, vise à contester le projet de loi sur la justice criminelle issu du plan gouvernemental SURE. Les professionnels du droit dénoncent avec véhémence une justice qu'ils estiment expéditive et une remise en cause profonde des jurys populaires, pilier traditionnel de la procédure d'assises.
Une réforme jugée destructrice pour les droits fondamentaux
Dans un communiqué rendu public ce mercredi, l'assemblée générale des avocats de Grasse exprime son opposition ferme au texte législatif. Le barreau critique avec une particulière acuité la création d'une procédure de jugement des crimes assimilable à un plaider-coupable criminel. Selon les avocats, cette mesure entraîne de facto la suppression du procès d'assises, écarte le jury populaire et réduit drastiquement le débat public sur les preuves ainsi que sur la personnalité des accusés.
Il se passe plein de choses lors d'un procès d'Assises, explique maître Roselyne Nain-Doyennette, vice-bâtonnière du barreau de Grasse. Elle se souvient notamment d'un client qui a finalement reconnu ses actes et présenté ses excuses à l'issue d'un procès ayant duré plusieurs jours. Le barreau s'agace de voir cette réforme transformer le traitement des crimes les plus graves en une justice négociée, avec en arrière-plan une gestion des flux judiciaires au détriment des droits de la défense et de la reconnaissance des victimes. On brade la justice pour des raisons budgétaires, déplore la vice-bâtonnière.
Un calendrier d'actions graduel et déterminé
En réaction à ce qu'ils perçoivent comme une attaque contre les fondements de la justice, les avocats ont établi un calendrier d'actions précis :
- Du 2 au 13 avril 2026 : cessation de l'assurance des audiences de CRPC (Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) et de CRPC défèrement.
- Du 7 au 13 avril : renforcement par une grève totale de la chaîne pénale, avec des exceptions notables pour les interventions urgentes concernant les mineurs, les gardes à vue et les hospitalisations d'office.
- Le 13 avril : journée Justice morte, entraînant un arrêt complet de l'activité pour l'ensemble des procédures civiles et pénales au tribunal. Une mobilisation d'une telle ampleur n'avait pas été vue depuis les mouvements pour les retraites durant la période du Covid, assure maître Nain-Doyennette.
Un dialogue rompu avec le gouvernement
Le barreau de Grasse dénonce avec force une absence de concertation réelle de la part du gouvernement concernant ces atteintes à des principes fondamentaux. Les avocats, représentés par la bâtonnière Florence Bensa Troin et la vice-bâtonnière Roselyne Nain-Doyennette, exigent l'ouverture d'un dialogue indispensable. Leur objectif est de garantir une justice criminelle qui reste humaine, contradictoire et respectueuse de l'État de droit. À l'issue de la journée d'action du 13 avril, un bilan sera effectué par l'ordre pour décider de la suite de la mobilisation, laissant planer la possibilité d'une prolongation du mouvement si les revendications ne sont pas entendues.



