Généalogie génétique : une avancée cruciale pour résoudre les cold cases en France
Généalogie génétique : solution clé pour les cold cases

Une technique scientifique au service de la justice

Dans une tribune publiée le 5 mars 2026, des avocats et scientifiques de renom ont lancé un appel urgent pour le développement de la généalogie génétique en France. Didier Seban et Marine Allali, avocats, ainsi qu'Amélie Bonnefond, directrice de recherche à l'Inserm, et Philippe Froguel, professeur de médecine, estiment que notre pays doit rattraper son retard dans ce domaine pour mieux résoudre les crimes les plus graves.

Un tiers des homicides non élucidés

Actuellement, environ un tiers des homicides restent non élucidés en France, laissant autant de familles dans le désespoir. Les signataires soulignent l'incompréhensibilité des voix qui s'élèvent contre cette technique sans proposer d'encadrement adéquat. Pourtant, il s'agit d'un enjeu sociétal majeur pour la justice et la résolution des crimes.

Trois applications judiciaires principales

La généalogie génétique appliquée à la science forensique présente trois applications distinctes dans le domaine judiciaire :

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  1. L'identification de l'auteur d'un crime : lorsqu'une empreinte génétique inconnue est retrouvée sur une scène de crime mais n'est pas répertoriée dans le Fichier national automatisé des Empreintes génétiques (FNAEG).
  2. L'identification de la victime d'un crime : lorsque le corps sans vie d'une victime est retrouvé sans qu'il soit possible de connaître son identité.
  3. La démonstration d'une erreur judiciaire : lorsqu'une empreinte génétique inconnue identifiée dans un dossier pourrait modifier une décision pénale initiale.

Répondre aux arguments des opposants

Les signataires répondent point par point aux principales critiques formulées contre la généalogie génétique :

L'eugénisme : un argument hors sujet

L'argument de l'eugénisme est considéré comme hors sujet puisque la technique vise à identifier des personnes déjà nées, et non à sélectionner des caractéristiques génétiques.

La protection de la vie privée

Les atteintes à la vie privée doivent être mises en balance avec les intérêts d'identification des auteurs d'infractions graves. Un encadrement législatif et réglementaire approprié peut limiter ces risques tout en permettant l'utilisation de la technique.

Le fichage ethnique : une peur théorique

L'idée du fichage ethnique est présentée comme une crainte théorique, car la technologie n'identifie pas les personnes grâce à leurs origines ou leur apparence physique, mais via leur carte d'identité génétique unique. La Cour de Cassation a d'ailleurs validé en 2014 le recours au phénotypage dans les enquêtes judiciaires.

La collecte d'ADN codant

Il est parfaitement possible de recourir à la généalogie génétique sans séquencer l'ADN codant, qui ne représente qu'environ 2% du génome humain, contre 98% pour l'ADN non-codant.

Des modèles étrangers inspirants

Plutôt que d'interdire cette technique, les signataires proposent de l'encadrer juridiquement, à l'instar de pays comme les États-Unis, la Norvège ou la Suède. La loi suédoise du 1er juillet 2025 pose des conditions strictes :

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  • Champ d'application limité aux crimes les plus graves (atteintes volontaires à la vie, viols, enlèvements séquestrations)
  • Principe de subsidiarité : épuisement préalable des autres méthodes d'investigation
  • Principe de stricte nécessité, proportionnalité et utilité pour l'enquête
  • L'extrait d'ADN doit provenir d'une seule personne et être de qualité suffisante
  • Recherches uniquement dans des bases de données où les clients ont été informés de l'utilisation possible par les services de police
  • Traitement des données sensibles par la société propriétaire dans le respect des lois sur la protection des données
  • Vérification systématique des rapprochements par prélèvement de l'empreinte génétique du suspect

Des résultats concrets en France et à l'étranger

Deux dossiers résolus en France

En France, deux dossiers criminels ont déjà été résolus grâce à la généalogie génétique : celui du violeur en série surnommé « le prédateur des bois » en 2022 et celui « du violeur au tournevis » en 2025. Cette technique peut également prévenir la transformation d'affaires récentes en cold cases et servir d'outil contre la criminalité sérielle.

1362 dossiers avancés aux États-Unis

Entre 2018 et 2024, la généalogie génétique a permis de faire avancer 1 362 dossiers criminels aux États-Unis et a même évité l'exécution de condamnés à mort, démontrant son efficacité au-delà de la simple résolution de quelques cold cases.

Vers une réforme législative en France

Le garde des Sceaux a récemment annoncé soumettre au Parlement un projet de loi autorisant les magistrats à solliciter directement les bases de données génétiques privées dites « récréatives » sans passer par une procédure de coopération internationale. Cette initiative constitue une première avancée qui devrait être suivie d'une réforme plus ambitieuse.

Il est envisageable que le FNAEG soit autorisé à enrichir sa base de données avec davantage de marqueurs permettant la mise en œuvre de la généalogie génétique, tout en conservant les garanties actuelles. La Cour de Cassation a d'ailleurs confirmé la légalité de la recherche en parentalité à l'aide du FNAEG, qui représente une forme restreinte de généalogie génétique.

Un précédent encourageant

Il faut rappeler que la création du FNAEG au début des années 2000 avait soulevé exactement les mêmes contestations que celles rencontrées aujourd'hui par la généalogie génétique. Pourtant, plus personne ne conteste aujourd'hui l'existence et l'utilité de ce fichier, utilisé quotidiennement dans les enquêtes.

Pour les familles de victimes confrontées à la terrible perte d'un proche et qui attendent parfois des dizaines d'années que justice soit rendue, les signataires estiment qu'on ne peut pas rester les bras croisés quand la solution peut être à portée d'écouvillons. La mise en œuvre encadrée sous le contrôle du juge est présentée comme beaucoup plus sécurisée que celle qui pourrait être mise en action par une justice privée.

Signataires : Marine Allali, avocate directrice chez Seban Avocats ; Amélie Bonnefond, directrice de recherche à l'Inserm ; Philippe Froguel, professeur de médecine génomique à l'université Imperial College de Londres et professeur d'endocrinologie au CHU de Lille ; Didier Seban, avocat associé fondateur de Seban Avocats.