Cryptomonnaies : la justice française centralise les enquêtes sur les enlèvements ciblés
Enquêtes centralisées sur les enlèvements liés aux cryptomonnaies

Cryptomonnaies : la justice française centralise les enquêtes sur les enlèvements ciblés

Face à la multiplication inquiétante des rapts visant spécifiquement les acteurs du secteur des cryptomonnaies, la justice française a pris une décision majeure en centralisant plusieurs dossiers pour tenter d'identifier une éventuelle structure criminelle organisée. Depuis le début de l'année, ces enlèvements constituent des dossiers prioritaires pour les enquêteurs spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée, qui soupçonnent même, dans plusieurs affaires, l'existence de commanditaires communs.

Trois affaires reliées dans une seule enquête

Le 27 mars, une juge d'instruction a décidé de réunir dans une seule vaste enquête trois affaires distinctes survenues en mai 2025. Après une année complète d'investigations minutieuses, la magistrate soupçonne fortement une « même entreprise criminelle » derrière une séquestration avérée et plusieurs tentatives d'enlèvements. La juge a relevé des similarités frappantes dans plusieurs aspects :

  • Le « mode opératoire » employé lors de ces violences
  • Le « choix » très spécifique des cibles visées
  • La « professionnalisation » évidente du système criminel, avec une répartition claire des rôles entre exécutants, logisticiens et commanditaires

La jonction de ces trois procédures, dont les faits avaient marqué les esprits par leur brutalité particulière, porte désormais à 45 le nombre de personnes mises en examen dans ce volumineux dossier judiciaire.

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Une série d'agressions ciblées et violentes

Les trois affaires maintenant reliées présentent des caractéristiques troublantes :

  1. Le 1er mai, en plein cœur de Paris, le père d'un homme ayant fait fortune dans les cryptomonnaies a été enlevé par quatre hommes encagoulés alors qu'il sortait simplement promener son chien. Les ravisseurs lui ont coupé un doigt après un premier ultimatum, réclamant une rançon de plusieurs millions d'euros payable en cryptomonnaies.
  2. Le 13 mai, toujours à Paris, quatre personnes masquées ont tenté d'enlever la fille et le petit-fils de Pierre Noizat, PDG de la société spécialisée Paymium. Les victimes ont heureusement pu mettre en fuite leurs ravisseurs grâce à l'intervention rapide du compagnon de la femme.
  3. Le 26 mai, à Couëron en Loire-Atlantique près de Nantes, une tentative d'enlèvement visant une famille gérant une société de cryptomonnaies a été déjouée de justesse.

Les enquêteurs ont très tôt soupçonné des liens entre ces affaires rapprochées dans le temps. Les investigations menées sur l'affaire du 13 mai ont notamment permis de découvrir le projet criminel du 26 mai et ainsi de l'éviter.

Une augmentation exponentielle des attaques

« C'est une bonne chose de centraliser les procédures où la chaîne de commandement est manifestement la même », a réagi Romain Chilly, avocat des parties civiles dans les affaires du 1er et 13 mai. « Toutefois, nous attendons une avancée plus rapide des investigations dans un contexte où les attaques visant les détenteurs de cryptomonnaies augmentent de façon exponentielle », a-t-il précisé.

Signe de cette explosion préoccupante : en janvier dernier, alors qu'il n'existait que depuis 25 jours, le nouveau parquet anticriminalité organisée (Pnaco) annonçait s'être déjà saisi de six enlèvements ou séquestrations, survenus entre mi-décembre et mi-janvier dans diverses régions françaises. Plus récemment encore, les 19 et 21 mars, quatre personnes suspectées d'être impliquées dans l'enlèvement en janvier à Sallanches (Haute-Savoie) des parents d'un propriétaire de cryptomonnaies ont été mises en examen à Paris.

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L'action déterminée du parquet anticriminalité

Ce couple de septuagénaires avait été kidnappé à son domicile de Sallanches dans la nuit du 14 au 15 janvier, selon les informations du Pnaco, puis retrouvé le 16 janvier à Montélimar dans la Drôme, près d'une discothèque. Maltraités durant leur captivité, ils présentaient des doigts « entaillés » et des « lacérations » diverses. L'un des suspects, Kassim G., soupçonné d'avoir joué le rôle de « meneur opérationnel », était déjà mis en examen pour la séquestration en février d'une magistrate grenobloise, dont le compagnon est associé dans une start-up liée aux cryptomonnaies.

Même commanditaire soupçonné dans cette affaire également ? Les investigations en cours devront le déterminer avec certitude. « Si la justice déduisait de la présence de mon client dans ces dossiers l'existence d'un même commanditaire, cela confirmerait tristement ce que nous savons déjà : des donneurs d'ordres manipulent des jeunes en situation de vulnérabilité pour les pousser à commettre des actes violents, avant de les sacrifier en les laissant seuls face à la justice », estime l'avocat de Kassim G., Eliott Amzallag.

Baptiste Bellet, également avocat en défense dans l'affaire de Sallanches, dénonce quant à lui des pressions importantes sur sa cliente, une quadragénaire, à qui il est reproché d'avoir hébergé la séquestration et d'avoir, par la suite, nettoyé les lieux. « Elle n'avait aucun autre choix », assure Me Bellet. « Des individus, lourdement armés, se sont imposés à son domicile, l'ont menacée et contrainte à les accueillir », a-t-il insisté, décrivant une situation de contrainte extrême.