Procès du double assassinat d'Aix-en-Provence : les accusés clament leur innocence
Double assassinat à Aix : les accusés clament leur innocence

Procès du double assassinat d'Aix-en-Provence : les accusés clament leur innocence

Le box des accusés résonnait d'une même affirmation vendredi 10 avril à la cour d'assises d'Aix-en-Provence : « On est tous innocents. » Cette déclaration de Karim Harrat résume l'atmosphère de la première journée d'audition sur le fond du dossier concernant le double assassinat de Farid Tir et Mohamed Bendjaghlouli, commis en août 2019. Cinq accusés étaient présents, un en fuite, tous se présentant comme victimes d'une méprise judiciaire.

Trois premiers interrogés, trois dénégations

Les trois premiers accusés interrogés sur les faits ont catégoriquement nié toute implication. Karim Harrat, surnommé « Le Rent » selon l'accusation et suspecté d'avoir été un des commanditaires du crime, a déclaré « espérer être innocenté ». Amine Oualane a affirmé n'être « pas un donneur de go » (intermédiaire). Quant à Adrien Faure, soupçonné d'avoir fait partie du duo ayant exécuté les victimes la nuit des faits, il a soutenu ne pas y être présent. Interrogé sur son emploi du temps ce soir-là, il n'a jamais réussi à s'en souvenir, évoquant une vie à l'époque marquée par l'errance, la consommation d'alcool et de cannabis, rendant ses souvenirs « nébuleux ».

Amine Oualane : « Je ne trahis personne »

Premier à être interrogé, Amine Oualane ne risque « que » vingt ans de prison pour association de malfaiteurs, contrairement à ses coaccusés qui encourent la perpétuité. L'accusation l'estime être celui qui a mis en relation Walid Bara (jugé en absence et qualifié de « relais » de Karim Harrat) avec Gabriel Ory. Ce dernier devait gagner la confiance de Farid Tir pour connaître ses déplacements et faciliter son assassinat, un rapprochement qui aurait pris plusieurs mois selon le ministère public.

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Mais Amine Oualane, devenu a posteriori un cadre présumé de la DZ mafia pour les policiers, martèle son innocence : « Je ne trahis personne moi Madame [...] Farid Tir il est très méfiant, il sait très bien avec qui il marche et je suis pas chirurgien pour lui greffer des gens. » Il ajoute : « Je vais vous parler dans les yeux, on ne met pas 6 mois à tuer quelqu'un. » Concernant Karim Harrat, il affirme ne pas le connaître : « Je suis pas Driss Oualane, je dis la vérité. Si vous voulez que j'affabule, j'affabule. »

Driss Oualane, l'homme clé des accusations

Driss Oualane apparaît comme la figure centrale du procès, « l'homme par qui tout arrive » selon les accusés. C'est lui qui a contacté la police le lendemain des homicides pour dénoncer quasiment tous les occupants actuels du box. Amine Oualane le qualifie de menteur et avait demandé un examen psychiatrique pour lui, requête refusée par la cour.

Amine Oualane propose des explications alternatives aux éléments de l'accusation : les allusions au « Rent » dans les écoutes feraient référence à un loueur d'appartement, et « Karim » évoqué dans la même bande sonore serait l'homme qui lui a fait un contrat de location. « Le gros » ne désignerait pas Gabriel Ory, mais son propre frère, mesurant 1m95 pour 180 kg.

Une défense agressive

Le ministère public n'a posé que peu de questions à Amine Oualane, concernant notamment l'origine de 350 000 euros en 2021 (il évoque la vente de montres accumulées pendant sa cavale) ou l'utilisation présumée de Sky ECC, une messagerie prisée du grand banditisme. Son avocate, Me Inès Medioune, a vivement réagi : « Je suis décontenancée, vous n'avez pas d'éléments à charge ? Vous n'avez pas d'autres questions ? [...] On prend la parole pour demander s'il a un Sky ECC et si son surnom c'est Mam's ! C'est honteux ! », visant clairement un acquittement.

Karim Harrat : « Je ne sais même pas où c'est la Paternelle ! »

Karim Harrat, 38 ans, a occupé la cour plus longtemps. Il conteste avoir voulu faire tuer Farid Tir pour reprendre un point de deal, affirmant ne connaître la victime « ni d'Adam, ni d'Ève ». Il soutient être en Turquie pour une greffe de cheveux au moment des faits, invoquant son passeport et des photos comme preuves.

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L'homme se présente comme entrepreneur (propriétaire d'une société de nettoyage à Dubaï) et nie toute implication dans le trafic de drogue : « Vous vous rendez compte, je ne sais même pas où c'est la Paternelle ! » Il rejette les surnoms « le Rent » ou « Diego Costa » et nie avoir été associé à des figures du banditisme marseillais. Le seul parcours délinquant qu'il reconnaît concerne des vols de cartes bancaires et des escroqueries, « toujours par ruse, jamais avec violence ».

La défense face aux accusations de Driss Oualane

Les questions ont principalement tourné autour des accusations portées par Driss Oualane juste après les assassinats. Karim Harrat s'en défend avec véhémence : « Je ne le connais même pas, je l'ai jamais vu de ma vie [...] Je n'ai pas d'explication. J'y pense tous les jours, pourquoi moi, qu'est-ce que je lui ai fait ? [...] Dans trois dossiers, c'est suite à ce qu'il dit, c'est un effet domino les mises en examen. »

Concernant une conversation enregistrée où une voix déclare « cette famille Tir, je vais tous les tuer. Je vais pas les épargner, j'ai le démon », Karim Harrat assure que ce n'est pas lui. Face à lui, Myriam Tir, sœur de la victime, et l'ex-femme de Farid Tir suivent attentivement les débats.

Les contradictions d'un témoin clé

Les débats ont également porté sur le témoignage d'Abdennasser L., fournisseur de téléphones Sky ECC et ancien « comptable » pour le trafic de stupéfiants aux Micocouliers. Après avoir indiqué en 2023 qu'il agissait sur les instructions de Karim Harrat, il a contesté cette affirmation devant la cour il y a quelques jours. Karim Harrat réagit avec colère : « [Abdennasser L.] il est sorti en 2023. Il rentre tous les jours chez lui. On me fait passer pour un mec à deux millions. Je suis un chien et puis après, je commande tout Marseille, limite je suis le maire. Comment ça se fait qu'il ne meurt pas ? Vous connaissez le banditisme, quand on parle, c'est la mort. »

Cette première journée d'audition sur le fond a donc été marquée par une défense vigoureuse des accusés, qui remettent en cause la solidité des preuves et la crédibilité des principaux témoins à charge, notamment Driss Oualane. Les débats se poursuivront dans une atmosphère déjà très tendue.